
Bleu
Histoire d’une couleur
Description
Comment le bleu a-t-il pu passer d’une couleur peu appréciée, voire dépréciée, par les Grecs et les Romains à la couleur préférée du monde occidental contemporain ? C’est en décryptant ses codes et ses valeurs, mais également ses mutations, ses disparitions et ses apparitions que Michel Pastoureau répond à cette question.
Pour ce faire, il s’appuie sur une base documentaire très riche sans perdre de vue le caractère mouvant des savoirs, et livre une analyse historique de la couleur bleue à travers les pratiques sociales occidentales, du néolithique au XXe siècle.
Sommaire
01Introduction
Paru en 2000, cet ouvrage consacré à la couleur bleue n’a rien d’anecdotique et relève d’un réel travail d’historien. Car pour Michel Pastoureau, écrire l’histoire du bleu en Occident à travers les siècles et les sociétés c’est avant tout parvenir à surmonter les difficultés méthodologiques liées aux recherches et ressources documentaires de toutes sortes.
Pour établir une chronologie du bleu, il lui faut tenir compte de tous ses usages sociaux, artistiques et religieux, mais également envisager une approche historique de toutes les autres couleurs. Le textile et les étoffes, les symboles, les sphères religieuses, les armoiries et l’héraldique, les faits de lexique, les systèmes politique et militaire, la peinture et la littérature sont autant de domaines et d’espaces que l’historien visite pour retracer l’histoire du bleu.

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02Les couleurs : rouge, blanc, noir
Michel Pastoureau l’énonce clairement dans son introduction : on ne peut parler du bleu sans évoquer les autres couleurs, notamment les trois couleurs de base, rouge, blanc et noir, autour desquelles s’organisent les codes sociaux des sociétés occidentales anciennes.
Longtemps, le rouge a été situé au premier rang des couleurs. Sa rivalité avec le bleu est récurrente, et, au XIIIe siècle, ils deviennent contraires. Les conflits entre teinturiers de bleu et teinturiers de rouge, puis les conflits avec d’autres corps de métier (drapiers, tisserands, tanneurs) en témoignent. L’auteur relève également que les recueils de recettes de teinture sont en majorité dédiés au rouge jusqu’à la fin du XIVe siècle avant d’accorder plus de place au bleu à partir du XVe siècle. Dans la littérature médiévale, le chevalier rouge est un personnage animé de mauvaises intentions. Enfin, même si le drapeau rouge n’a jamais été un emblème de la France, il restera celui des partis socialistes et révolutionnaires.

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03Une histoire de textile
C’est notamment à travers l’étoffe et le vêtement que le bleu a pu s’affirmer, passant ainsi d’une couleur de second plan au statut de couleur préférée dans le monde occidental. Comme le démontre Michel Pastoureau, plusieurs facteurs sociaux contribuent à sa promotion. Ce sont les teinturiers qui attirent véritablement l’attention sur le bleu. Si les Grecs et les Romains teignent peu en bleu, les Celtes et les Germains n’hésitent pas à utiliser la guède, plante au principe colorant bleu . Quant aux peuples du Proche-Orient, ils utilisent l’indigo pour ses puissantes qualités colorantes.
Mais c’est surtout à partir du XIIIe siècle que la culture de la guède et la production de pastel se développent, favorisant ainsi les progrès des teintures. Et lorsqu’au XVIIIe siècle la commercialisation de l’indigo s’étend à toute l’Europe, de nouveaux tons bleus font leur apparition.

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04Couleurs liturgique et artistique
Ce sont bien souvent les controverses liées aux questions autour de la lumière et de la matière qui sont à l’origine de la place et du rôle de la couleur dans les pratiques liturgiques et artistiques.
Le lapis-lazuli et l’azurite sont les deux pigments utilisés dans l’Antiquité et au Moyen Âge pour peindre en bleu. Le premier produit des tons variés et intenses, le second est moins onéreux mais ses résultats sont moins beaux. Entre les XIe et XIIe siècles, les textes consacrés aux couleurs liturgiques se font de plus en plus nombreux. Leurs auteurs y parlent de leur symbolique religieuse et des occasions auxquelles elles sont consacrées.
Ainsi le blanc qui signifie la pureté et l’innocence est utilisé pour les fêtes des anges, des vierges et des confesseurs. Le rouge qui représente le sang versé par et pour le Christ, le sacrifice et l’amour divin est mis en avant pour les fêtes des apôtres et des martyrs. De nombreuses autres couleurs sont citées, mais le bleu demeurera à jamais absent du code des couleurs liturgiques malgré sa présence dans les vitraux, l’émail ou la peinture. Il en ira de même pour les enluminures jusqu’aux Xe et XIe siècles.

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05Sensibilités et fait de société
Comme le souligne l’ouvrage de Michel Pastoureau, l’histoire des couleurs doit être envisagée au regard de la société d’une part, au regard des sensibilités de l’autre. Une telle histoire est ainsi étroitement liée à l’histoire sociale.
En effet, « la couleur se définit d’abord comme un fait de société. C’est la société qui “fait” la couleur, qui lui donne sa définition et son sens, qui construit ses codes et ses valeurs, qui organise ses pratiques et détermine ses enjeux » (p. 8). La rivalité entre le rouge et le bleu, la soudaine promotion du bleu à la fin du Moyen Âge, son statut de couleur préférée en Occident depuis l’époque romantique, les différentes mutations que connaît l’ordre des couleurs en sont autant d’exemples. L’auteur ajoute également que c’est bien parce que la société et les sensibilités changent que des progrès techniques peuvent avoir lieu. On a pu également le voir précédemment, la Réforme protestante a joué un rôle important dans l’évolution de la sensibilité aux couleurs tant au niveau artistique que vestimentaire.

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06Le lexique
Le lexique et les enjeux du vocabulaire tiennent un rôle important dans l’approche historique des couleurs. « Par leurs silences, leurs hésitations, leur évolutions, leurs fréquences ou leurs raretés, les mots – et d’une manière générale les faits de lexique – apportent ainsi à l’historien de la couleur bleue un ensemble de témoignages d’une importance considérable » (pp. 26-27).
Certains se sont demandé si les Grecs et les Romains voyaient réellement le bleu tant ils semblaient l’ignorer. Selon Michel Pastoureau, il ne s’agit pas là d’un problème de vision, mais plutôt bien d’un problème de pauvreté et d’instabilité lexicales. En effet, le vocabulaire des premiers était très pauvre pour désigner le bleu ; celui des seconds était imprécis. Il en est de même avec la Bible. Si celle-ci mentionne les étoffes et les vêtements, en revanche elle fait l’impasse sur les teintures et les couleurs, leurs nuances et leurs colorations. Et il est d’autant plus difficile pour l’historien de s’y retrouver au milieu des nombreuses traductions et des différents auteurs. Car d’une langue à l’autre le vocabulaire pour désigner les couleurs est très variable.

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07Conclusion
Entre l’Antiquité et le XXe siècle, le bleu a connu de nombreuses mutations sociales et culturelles. D’une couleur barbare pour les Romains à une couleur presque neutre voire froide aujourd’hui, en passant par le bleu marial, le bleu royal, le bleu moral, le bleu romantique, le bleu politique et militaire, elle a su progressivement s’imposer dans le quotidien de chacun.

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08Zone critique
Historien des sensibilités et spécialiste des couleurs, l’auteur a ici mené un travail de recherche documentaire extrêmement sérieux comme en témoignent entre autres la bibliographie et les notes de fin de volume. Il demeure à ce jour le grand spécialiste des couleurs et personne ne s’y est jamais aussi bien intéressé que lui.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Michel Pastoureau, Bleu – Histoire d’une couleur, Paris, Le Seuil, coll. « Points/Histoire », 2014 [2000].

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