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Big Debt Crises

Big Debt Crises

Ray Dalio

Anatomie des grandes crises de dette

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Description

Septembre 2008. Lehman Brothers s'effondre, et pendant quelques jours le système financier mondial semble sur le point de s'arrêter net. Au même moment, dans une salle de trading de Westport, Connecticut, un gestionnaire de fonds nommé Ray Dalio et son équipe ne paniquent pas. Ils avaient vu venir la chose plusieurs mois à l'avance, misé contre le marché, et fini l'année dans le vert quand presque tout le monde saignait. Leur secret n'était pas une boule de cristal. C'était un tableau Excel patiemment rempli avec les données de dizaines de krachs passés.

De cette expérience, Dalio a tiré un bouquin épais, publié en 2018 : Big Debt Crises. Sa thèse tient en une intuition presque agaçante de simplicité. Les grandes crises de dette ne sont pas des cygnes noirs imprévisibles, des catastrophes uniques qu'aucun modèle ne pouvait anticiper. Ce sont des séquences. Elles se ressemblent tellement, d'un pays à l'autre et d'un siècle à l'autre, qu'on peut les lire comme on lit une partition — reconnaître le mouvement en cours et savoir à peu près ce qui vient après.

Reste que si ces crises se répètent avec une telle régularité, la vraie question n'est plus de savoir si elles arriveront, mais pourquoi on continue de tomber dans le panneau — et surtout pourquoi certains pays s'en sortent presque proprement quand d'autres mettent une décennie à s'en remettre.

La question que l’on se pose : Si les crises de dette suivent toujours le même scénario, pourquoi les voit-on venir si rarement, et qu'est-ce qui sépare celles qu'on encaisse de celles qui ravagent tout ?Ce que l’on va voir : Comment le crédit gonfle puis étouffe une économie, les leviers dont disposent ceux qui pilotent la sortie, et ce que cette mécanique répétable dit de notre mémoire collective.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Le crédit, ce carburant qui finit toujours par coûter

Pour comprendre une crise de dette, Dalio commence par un rappel qu'on oublie vite : le crédit, ce n'est pas de l'argent, c'est une promesse. Quand une banque prête, elle crée du pouvoir d'achat qui n'existait pas la seconde d'avant. L'emprunteur dépense aujourd'hui les revenus qu'il touchera demain. Et la dépense de l'un étant le revenu de l'autre, chaque euro emprunté et dépensé fait tourner la machine un peu plus vite. C'est pour ça que le crédit est si séduisant — au début, il n'a que des vertus.

Le problème, c'est le calendrier. La dette avance le plaisir et repousse la douleur. Tant que les revenus grimpent au même rythme que les emprunts, tout va bien : on rembourse sans effort et on peut même réemprunter davantage. Mais la dette a une propriété que les revenus n'ont pas — elle porte intérêt, et elle doit être remboursée quoi qu'il arrive. Un revenu peut stagner ; une échéance, non. À un moment, la charge de la dette se met à peser plus lourd que ce que les revenus peuvent supporter.

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02

Chapitre 2 — La bulle : quand la dette monte plus vite que les revenus

La bulle, dans le vocabulaire de Dalio, n'a rien de mystérieux. C'est le moment précis où la dette croît nettement plus vite que les revenus censés la rembourser. Ce décalage reste longtemps invisible, parce qu'il est masqué par la hausse du prix des actifs. Une maison qui vaut plus cher, des actions qui montent, un terrain qui double : sur le papier, tout le monde s'enrichit. Or cette richesse n'est que du crédit transformé en prix. Les gens empruntent pour acheter des actifs dont la valeur monte parce que d'autres empruntent pour les acheter.

Le mécanisme s'auto-alimente. La hausse des actifs donne aux emprunteurs des garanties plus solides, donc l'accès à davantage de crédit, donc plus d'achats, donc de nouvelles hausses. Dalio parle d'une boucle où la perception du risque s'effondre au pire moment. Plus la fête dure, plus les prêteurs se sentent en sécurité, alors même que le système devient plus fragile. On voit apparaître ce qu'il appelle des raisonnements du type « cette fois c'est différent » — la conviction qu'une règle ancienne ne s'applique plus, que la croissance justifie les prix, que la nouveauté technologique change la donne.

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03

Chapitre 3 — Déflation ou inflation, les deux façons de se planter

Une fois la bulle crevée, le pays entre dans le désendettement, et Dalio distingue deux grandes familles de crises selon la monnaie dans laquelle la dette est libellée. Cette distinction est le cœur technique du livre, et elle change tout. Quand un pays est endetté dans sa propre monnaie, il garde la main sur ses leviers. Quand il est endetté dans une monnaie étrangère — le dollar le plus souvent —, il perd cette main, et la crise devient beaucoup plus brutale.

Le premier cas, c'est la crise déflationniste. La dette est domestique, la banque centrale peut agir, mais si elle agit trop tard ou trop timidement, l'économie s'enfonce. Les acteurs vendent leurs actifs pour rembourser, ce qui fait baisser les prix, ce qui alourdit le poids réel des dettes restantes, ce qui pousse à vendre encore. C'est la spirale décrite par l'économiste Irving Fisher dans les années 1930, que Dalio reprend à son compte : la déflation par la dette. Le Japon des années 1990 en est le cas d'école, avec sa décennie perdue à traîner un fardeau qu'il n'osait pas purger.

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04

Chapitre 4 — Ce que les machines à cycles disent de notre rapport au temps

Ce qui frappe, en refermant le livre, c'est que Dalio ne traite pas l'économie comme une science des équilibres mais comme une mécanique de mouvements répétés. Là où beaucoup voient dans chaque crise un événement singulier, produit de circonstances jamais vues, lui voit une machine qui repasse par les mêmes engrenages. Cette conviction a une conséquence dérangeante : si les cycles se répètent, alors notre incapacité chronique à les anticiper n'est pas un problème d'information. C'est un problème de mémoire.

Un cycle de dette de long terme, dans son modèle, s'étale sur cinquante à soixante-quinze ans — davantage qu'une carrière, presque une vie entière. Le krach majeur précédent a donc eu lieu à une époque où les décideurs actuels étaient enfants ou pas encore nés. Ceux qui ont vécu la douleur dans leur chair ont pris leur retraite ou disparu. Il ne reste que des livres d'histoire, et l'histoire économique se lit toujours comme la chose des autres, d'un autre temps, d'un monde qui n'était pas le nôtre. La leçon ne se transmet pas parce que l'horizon humain est trop court pour la contenir.

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05

Conclusion

Au fond, tout le livre converge vers une seule distinction. Un désendettement raté, c'est celui où l'on s'entête dans le mauvais levier ou l'on tarde à agir : le Japon qui laisse sa déflation pourrir une décennie, Weimar qui laisse l'inflation tout dévorer. Un désendettement réussi, c'est celui que Dalio appelle « beautiful » — quand les autorités dosent au bon moment les quatre leviers dont elles disposent : l'austérité, les défauts et restructurations, l'impression monétaire, et le transfert de richesse. Trop d'un seul, et la crise devient dépression ou hyperinflation. Le bon mélange, étalé dans le temps, permet à la dette de se résorber pendant que les revenus repartent.

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