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Couverture de 'Beaute fatale'

Beauté Fatale

Mona Chollet

La tyrannie de la beauté féminine

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Description

Beauté fatale est le premier essai féministe de l’auteur Mona Chollet. Cet ouvrage est rapidement devenu une référence parmi les lectures féministes contemporaines et marque le début d’un cheminement de pensée pour Mona Chollet qui permettra la parution de deux autres essais sur les femmes. À l’aide de nombreux exemples contemporains, Beauté fatale cherche à comprendre comment le complexe « mode-beauté » est devenu omniprésent dans la vie des femmes et participe à leur aliénation.

En créant cette obsession, la société empêcherait les femmes les de réaliser leur plein potentiel.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Beauté fatale est un essai très documenté sur la base de travaux de sociologues féministes, mais aussi à travers des extraits de magazines féminins (Elle, Voici), des références à des séries contemporaines (Mad Men, Gossip Girl), des références à des autobiographies d’actrices et de mannequins et des allusions à des scandales récents. Le propos s’intéresse à la place de l’esthétisme dans la société actuelle et aux conséquences potentielles sur l’émancipation de la femme. Mona Chollet dans cet ouvrage émet l’hypothèse qu’en se libérant de l’emprise du culte de la beauté, les femmes pourraient connaitre des avancées dans leurs droits.

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02

La crise économique comme facteur d’un nouvel élan sexiste

Mona Chollet inscrit sa réflexion dans le contexte historique du XXe siècle, établissant un parallèle entre la situation des femmes aujourd’hui et celle des années 50. Elle entend montrer comment la crise économique de 2008 a généré un retour aux identités sexuées traditionnelles.

Après une vague de libération féministe dans les années 20-30, le monde occidental, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, connait un retour aux valeurs familiales. Les rôles hommes-femmes sont schématisés à l’extrême : la femme s’occupe de l’intérieur, du chez-soi ; l’homme se charge des affaires. Émergent à cette époque de nombreuses publicités pour des soutiens-gorge rembourrés et pour de l’électroménager ciblant les femmes. Des idées plus anciennes sont remises au goût du jour comme l’accouchement naturel et l’allaitement. La femme qui comme l’homme a besoin d’une alternance temps social/temps pour soi est limitée au temps pour soi. L’enfermement de ces femmes dans un seul rôle conduit au « problème sans nom » mis en avant par Betty Friedman dans La femme mystifiée : des femmes éduquées suivent leurs maris dans les banlieues résidentielles américaines, se concentrent sur leur foyer et ont soudainement des crises de folies, tombent dans l’alcool et la dépression.

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03

L’industrie « mode-beauté » envahissant la sphère culturelle

La force de Beauté fatale est de montrer comment l’industrie de la mode et de la beauté s’est peu à peu infiltrée dans la culture pour ensuite trouver sa place au sein de la culture de masse.

Dans un grand nombre de séries et de films, la mode est devenue un élément central du contenu, un personnage à part entière même. Dans des séries comme Sex in the City ou Gossip Girl, les tenues et références aux marques de luxe font partie de l’histoire. De même le film Le diable s’habille en Prada qui pourtant dénonce en partie l’industrie de la mode, contribue à l’engouement pour les grandes maisons de couture. D’autres séries, comme Mad Men sont vidées de leur contenu par les critiques et réduites au style et aux tenues portées par les personnages. La mode empiète ainsi sur les contenus. Ne reste alors que le superficiel, la forme vidée de toute substance critique, et la culture se transforme en produits dérivés achetables. De plus, l’apparition de nombreux blogs mode finit par donner l’impression du luxe accessible pour tous.

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04

Les diktats de beauté véhiculés par le complexe beauté-mode

À travers ces canaux de communication omniprésents, le complexe mode-beauté véhicule aux femmes un certain nombre de diktats qui participe à propager des idées sexistes. Parmi eux, Mona Chollet en étudie plus particulièrement quatre : le culte de la minceur, de la perfection esthétique, de la blancheur et de la jeunesse.

Elle démontre ainsi que la recherche de la minceur nous vient d’un héritage gréco-chrétien qui valorise l’esprit au corps. Le corps est en effet perçu comme sale, animal et devient donc un élément à contenir. Cet aspect est d’autant plus fort pour les femmes qui de tout temps ont historiquement eu une relation particulière à la nourriture, notamment en étant les premières privées lors de grande famine. La prise de poids est aussi inconsciemment liée à la grossesse et devient donc une peur. Les aliments interdits sont relégués aux produits de beauté comme les masques au chocolat.

En devenant mince, la femme échange son corps reproductif pour un corps productif. Ce culte de la minceur s’est amplifié ces dernières années, se traduisant par « un désordre culturel », l’anorexie, qui touche un nombre croissant de jeunes filles. Mona Chollet insiste sur le fait que si les troubles alimentaires peuvent être déclenchés par des vulnérabilités personnelles, ils sont surtout liés à la condition actuelle de la femme. Ils deviennent dès lors des pathologies collectives, les résultats d’un conditionnement social.

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05

Des diktats qui trans­forment la femme sujet en femme objet

La théorie de Mona Chollet est que les impératifs énoncés précédemment participent de l’aliénation des femmes. Le corps de la femme doit prendre le moins de place possible, en particulier au travail, lieu historiquement masculin.

Il ne doit pas être caché au risque de paraitre suspect. La société actuelle exige que les femmes montrent tout leur corps passant par la remise au goût du jour de la jupe (journée internationale de la jupe), l’épilation intégrale, les vêtements moulants et très suggestifs. Mona Chollet pousse même le raisonnement jusqu'à inclure dans cette logique l’interdiction du port du voile à l’école qui oblige les jeunes filles à exposer leur féminité. La valeur de la femme est jugée et évaluée à l’aune de son apparence. Elle est scrutée sans aucun filtre, et ce depuis son enfance.

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06

La culture de la beauté comme héritage féminin pouvant au contraire favoriser l’éman­ci­pa­tion des femmes

Si le « complexe mode-beauté » a pris autant de place dans la vie des femmes, c’est qu’il s’appuie sur une culture féminine transmise entre femmes depuis plusieurs générations. Cette culture s’appuie sur trois valeurs : le souci de l’apparence qui depuis le XVIIIe siècle a été abandonné par les hommes, le goût du détail qui est perçu comme insignifiant par la société, et la fuite hors du monde qui s’illustre par le goût pour des sujets intemporels, revenant de manière cyclique – les « marronniers » – largement repris par la presse féminine par exemple (un numéro spécial minceur avant l’été, spécial fêtes en décembre, etc.). Cette saisonnalité enferme les femmes dans « un univers ahistorique, apolitique, sans mémoire, condamné à l’éternel recommencement ».

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07

Conclusion

Mona Chollet livre avec Beauté Fatale un des rares essais traitant de la relation des femmes à la beauté. S’appuyant sur le travail de sociologues féministes anglo-saxonnes ainsi que sur de nombreux exemples concrets, elle montre en quoi la beauté et la mode peuvent jouer un rôle aliénant pour les femmes. Partant de l’idée que l’intérêt pour cet esthétisme vient d’une culture féminine partagée, elle montre comment l’industrie mode-beauté l’utilise à des fins purement consuméristes et participe à véhiculer des valeurs sexistes rabaissant la femme.

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08

Zone critique

Le propos de Mona Chollet permet une vraie remise en question des pensées limitantes et injonctions sociales imposées aux femmes. Elle amène le lecteur à repenser son propre rapport au corps et à la beauté. En affirmant qu’il existe une culture féminine transmise entre les générations, l’auteure déculpabilise les femmes sensibles à ces valeurs et les pousse à réfléchir à comment transformer cet héritage en force.

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09

Pour aller plus loin

– Mona Chollet, Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique, Paris, La Découverte, coll. « Zones », 2015.

– Mona Chollet, Sorcières : La puissance invaincue des femmes, Paris, La Découverte, coll. « Zones », 2018. – Naomi Wolf, The Beauty Myhth, How Images of Beauty Are Used Against Women, Harper, 2002.

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