
Avoir ou être
Un choix dont dépend l'avenir de l'homme
Description
Cet ouvrage analyse deux modes fondamentaux d’existence : le mode « avoir » et le mode « être ». Le fait d’exister, d'apprendre, de converser, ou d’aimer peut être mené selon une logique de l’« avoir » ou de l’« être », qui correspond à des expériences de la vie radicalement différentes, puisqu’elles impliquent des rapports à soi-même, aux autres et au monde, opposés.
L’ouvrage défend haut et fort le mode « être » d’exister et la nécessité vitale qu’il y a de lui permettre de renverser l’« avoir », caractéristique de nos sociétés occidentales modernes, qui organisent la future catastrophe humaine et écologique.
Sommaire
01Introduction
Dans cet ouvrage, Erich Fromm pose un dilemme entre deux modes d’existence opposés, avoir et être, dont il fait dépendre la survie de l’espèce humaine et de la planète. La crise du mode « avoir » d’exister, qui caractérise nos sociétés contemporaines, constitue en effet le point de départ de cet ouvrage. Fromm établit en effet le constat suivant : la « Grande Promesse » d’un progrès illimité par lequel on dominerait la nature et on vivrait dans une abondance matérielle inédite a échoué.
Cette promesse illusoire, qui caractérise la société moderne florissante de l’ère industrielle, prend fin, car on s’aperçoit qu’au-delà des contradictions économiques fondamentales de l’industrialisme, cette mythologie, portée par la dynamique capitaliste, repose sur deux prémisses erronées : l’une qui prétend que le but de la vie est le bonheur défini comme la satisfaction de tous les désirs et de tous les besoins subjectifs de l’individu, l’autre qui affirme que l’égoïsme et la cupidité, engendrés par le système pour fonctionner, conduisent à l’harmonie et à la paix.

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02Le mode « avoir », mode d’existence qui chosifie
Si l’existence humaine exige en elle-même que nous ayons, que nous conservions, que nous utilisions certaines choses pour survivre, le mode « avoir » d’exister, caractéristique de la société industrielle dont nous sommes héritiers, dépasse amplement la fonction d’un tel « avoir existentiel ».
À côté de la pulsion rationnellement dirigée vers la survie se dresse l’impulsion passionnée de retenir et de garder, qui n’est pas innée, mais s’est développée dans le « caractère social » des membres de la société industrielle en fonction de ses structures et des conditions sociales de vie auxquelles elle a conduit . « Acquérir, posséder et réaliser des profits sont les droits sacrés et inaliénables de l’individu de la société industrielle », écrit Fromm. La propriété privée, le profit et la puissance sont les trois piliers qui la fondent et dont découle la nature du mode « avoir ». Depuis la Première Guerre mondiale environ, le « caractère social » des membres de la « société acquisitive » a néanmoins subi un changement qui, sans avoir éliminé son orientation possessive, l’a modifié considérablement. De « caractère thésaurisateur », il est devenu « caractère marketing » : auparavant, au XIXe siècle en particulier, on choyait ce que l’on possédait, on achetait pour « garder » ; aujourd’hui, l’accent est mis sur la consommation pour aussitôt « jeter ». En outre, le propre du « caractère marketing » est de se ressentir soi-même comme une marchandise mise en concurrence sur le « marché des personnalités ». Cela signifie que le sentiment de propriété inhérent aux individus d’aujourd’hui se manifeste dans différents types de relations, y compris dans le rapport à soi-même. À travers le sentiment de propriété, les personnes sont « chosifiées », deviennent des choses que l’on possède. « Je suis ce que je possède. » « Plus j’ai, plus je suis. » Voilà les maximes qui correspondent au mode « avoir » d’existence. De là découle irrémédiablement un sentiment d’angoisse, dans la mesure où la perte de ce que je possède menace directement mon sentiment d’identité.

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03Le mode « être »
À l’opposé du mode « avoir », se trouve le mode « être » d’exister. Alors que le premier se rapporte aux choses, à ce qui est sans vie, le second se rapporte à l’expérience, vivante et inexprimable. Pour le définir, Fromm puise dans diverses philosophies anciennes, à commencer par celle de Maître Eckhart, père du mysticisme, ou encore de Bouddha. Maître Eckhart enseignait que ne rien avoir, se rendre ouvert et « vide », est le seul moyen d’atteindre la richesse et la force spirituelles.
Fondamentalement, être correspond à l’emploi productif des pouvoirs humains. Être, c’est être actif, pas dans le sens d’une activité tournée vers l’extérieur, celle de l’affairement, mais dans le sens d’une activité intérieure par laquelle on exprime ses facultés, ses talents, la richesse des dons humains, dont tous les êtres sont pourvus à des degrés différents. Ainsi, « être actif signifie se renouveler, se développer, déborder, aimer, transcender la prison du moi isolé ; c’est être intéressé, attentif ; c’est donner. »

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04Passer du mode « avoir » au mode « être »
L’orientation vers l’être est, d’après Fromm, une forte potentialité de la nature humaine : seule une minorité d’individus se laissent totalement gouverner par le mode « avoir ». De même, seule une infime minorité de personnes est totalement gouvernée par le mode « être ». L’un et l’autre peuvent devenir dominants ; cela dépend de la structure sociale.
Fromm recommande un changement radical de structure : du mode « avoir », qui paralyse la croissance de l’Homme, il faut passer au mode « être » à même de faire progresser le développement humain, c’est-à-dire de permettre aux pouvoirs spécifiquement humains de se déployer. Qui plus est, ce passage ne conduirait pas seulement à des formes de vie plus saines, moins pathogènes, débarrassées de l’angoisse de perdre sa sécurité et son identité, elles seraient également plus « vraies », plus ancrées dans le réel et libérées des illusions de l’« avoir » : croire que la sécurité repose sur la possession est illusoire dans le sens où il n’y a pas de permanence de l’objet et du sujet, tout n’est que passager dans le processus de la vie. Or c’est justement en renonçant à la béquille de la propriété que l’Homme peut commencer à se servir de ses propres forces, à se mettre à marcher tout seul.

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05Un changement d’une telle ampleur est-il possible ?
Fromm argumente tout au long de son livre en faveur d’un profond changement humain d’un point de vue éthique, celui de la « vie bonne », et d’un point de vue psychologique, qui dénonce la nature pathogène de notre caractère social actuel. Il nomme néanmoins un second argument en faveur de ce même changement : sa nécessité économique comme condition de la survie de la race humaine. La « vie bonne » dépasse désormais l’exigence éthique ou religieuse : « Pour la première fois de l’histoire, la survie physique de la race humaine dépend d’un changement radical du cœur humain.
» L’ouvrage s’interroge sur la possibilité réelle d’une alternative à la catastrophe. En effet, la conscience de la nécessité d’un tel changement existe grâce à un nombre croissant de rapports d’experts, sans pour autant qu’un effort sérieux n’ait été entrepris. Pour Fromm, deux exemples suffisent à illustrer ce propos : les grandes et les petites puissances continuent de construire des armes nucléaires d’une capacité croissante de destruction ; pratiquement rien n’est fait pour mettre fin à la menace de la catastrophe écologique.

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06Économie et éthique
Face à des chances de changement très minces, l’attraction dynamisante d’une nouvelle vision est notre seul espoir. Cet élan que doit réussir à trouver la société nouvelle doit être aussi fort que la vision de la Cité de Dieu à travers laquelle s’est déployée de manière florissante la culture de la fin du Moyen-Âge, ou encore que la vision de la croissance de la Cité Terrestre du Progrès qui anima la société moderne, avant qu’elle ne dégénère en une tour de Babel en train de s’effondrer et qui finira par nous ensevelir sous ses ruines. La nouvelle synthèse, la seule alternative au chaos, est la Cité de l’Être.

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07Conclusion
Cet ouvrage est à la fois un ouvrage critique et un ouvrage « utopique » tourné vers l’avenir, dont la thèse principale affirme l’existence de deux modes contradictoires d’exister, « avoir » et « être ». Critique, il renferme une valeur diagnostic qui permet de mieux comprendre certains rapports et certains comportements des individus d’aujourd’hui « possédés » par l’attitude possessive. Fromm s’attaque à divers éléments de l’expérience quotidienne : apprendre, se souvenir, discuter, lire, exercer l’autorité, connaître, aimer, se rapporter au langage, à la foi, à la mort, à la vie.

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08Zone critique
La première édition d’Avoir ou être correspond au cinquantième volume de la collection américaine « World Perspectives », fondée dans les années 1950 par la philosophe, Ruth Nanda Ashen. Cette collection avait pour objectif de présenter au public des ouvrages écrits par les penseurs et les hommes d’État les plus éminents de l’époque afin de révéler les nouvelles tendances essentielles des civilisations modernes, d’exprimer les forces créatrices à l’œuvre aujourd’hui et de faire apparaître une nouvelle conscience à même de comprendre plus profondément les interrelations de l’Homme et du monde.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Avoir ou être. Un choix dont dépend l’avenir de l’homme, Paris, Robert Laffont, 1978.
Du même auteur – L'Art d'aimer, Paris, Pocket, 2016 [1967]. – Le Cœur de l'homme, sa propension au bien et au mal, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 1964. – Le Langage oublié : introduction à la compréhension des rêves, des contes et des mythes, Paris, Payot, 1975.

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