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Couverture de 'Avec ou sans leurope'

Avec ou sans l’Europe

Samuel B. H. Faure

Le dilemme de la politique française d’armement

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Description

"Avec ou sans l'Europe" est un ouvrage dense et richement documenté dans lequel Samuel B.H. Faure examine en détail les dilemmes décisionnels auxquels sont confrontées les élites politiques françaises en matière de politique d'armement.

L'auteur s'intéresse aux choix stratégiques qui s'offrent à la France lorsqu'il s'agit d'acquérir des équipements de défense : doit-elle se tourner uniquement vers des industriels français, coopérer avec d'autres États européens, ou bien s'approvisionner auprès des États-Unis ? Ces décisions ont des implications majeures sur la mise en œuvre de la stratégie militaire française, entre souveraineté nationale et intégration européenne. À travers plus de 150 entretiens menés auprès d'acteurs clés, l'ouvrage offre un éclairage inédit sur les rouages de la politique française d'acquisition de technologies militaires.

Il montre comment l'État doit naviguer entre différentes options pour assurer à la fois la défense du territoire national et la conduite d'opérations extérieures.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Le présent ouvrage résume et synthétise les idées développées par Samuel B.H. Faure dans sa thèse de doctorat en sciences politiques intitulée : « Variétés de la décision. Le dilemme de la politique d’armement en Europe : le cas de la France de 1945 à nos jours ».

L’auteur a été récompensé en 2018 par les prix de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) et de l’Association française d’études européennes, pour ce travail remarquable. Ses interrogations principales portent sur les raisons pour lesquelles la France choisit d’acquérir des armements parfois avec l’Europe et parfois sans l’Europe et sur les déterminants d’une telle prise de décision, avec une question sous-jacente : « Serait-ce l’effet du lobby industriel ou des dirigeants politiques, du type d’armement ou du contexte international ? » (p.19).

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02

Le concept de « complexe militaro-industriel » est-il un mythe ?

Samuel B. H. Faure insiste sur la nécessité d’évacuer les idées fausses qui embrument l’examen des choix décisionnels en matière d’acquisition d’armements afin de combler le fossé qui s’élargit entre le peuple et ses élites, car il y a, selon lui, « un enjeu démocratique à démontrer la complexité décisionnelle plutôt qu’à affirmer des idées reçues » (p.23).

S’il ressort de l’ensemble de l’ouvrage que la politique de la France est « organisée autour d’une administration, de corps d’agents civils et militaires, d’instructions ministérielles, de procédures, etc » (p.22), l’auteur n’en réfute pas moins le concept de « complexe militaro-industriel », qui est souvent invoqué pour expliquer les choix – parfois surprenants – arrêtés par nos gouvernants au cours des dernières décennies pour doter les forces armées du pays.

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03

Comprendre les phases de l’acquisition des équipements de défense en France

Samuel B.H. Faure s’est heurté, au début de ses recherches sur les déterminants de la prise de décision étatique en matière d’équipements de défense, à une attitude de ses interlocuteurs consistant à mettre en avant la rationalité absolue, la discipline et la rigueur morale de l’ensemble des décideurs dans ce domaine.

Il a également été confronté à des personnalités qui ont tenté de le convaincre à maintes reprises, que les décisions en matière de programmes d’armement seraient le résultat d’une conjoncture industrielle particulière – « un alignement de planètes » (p. 22) – sur laquelle les décisionnaires n’auraient que peu de contrôle.

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04

Des choix em­blé­ma­tiques en matière d’acquisition d’armements en France

De manière judicieuse, l’auteur utilise des exemples connus du lecteur afin d’illustrer son travail de théorisation et de modélisation des processus décisionnels au sein du secteur des équipements de défense.

Le choix de l’autarcie à la française est illustré de manière frappante par le choix du Rafale, cet avion de combat polyvalent développé par le constructeur Dassault Aviation pour la Marine et l’Armée de l’air, où il est respectivement entré en service en 2004 et 2006. Cet avion français est capable d’assurer les missions de supériorité et de défense aériennes, d’appui au sol, de frappe dans la profondeur, de reconnaissance, de frappe anti-navire et évidemment de dissuasion nucléaire. Il a été préféré dans les années 1980, aux options de l’acquisition, soit du F-18 américain, soit de l’avion Eurofighter Typhoon, développé par les Britanniques, les Allemands, les Italiens et les Espagnols regroupés au sein d’un consortium. Le choix de la France de coopérer avec d’autres États européens en matière d’armement sera, dans les années 2000, illustré par le choix de l’avion de transport militaire Airbus A400M, auquel ont participé l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, le Luxembourg, le Royaume-Uni et la Turquie. Selon l’auteur, ce choix s’expliquerait notamment par l’européanisation des relations entre l’État et les entreprises françaises d’une part, et leurs alliés européens d’autre part.

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05

Spécificité française ou similarité des processus dé­ci­sion­nels à l’étranger ?

Au fil de cet ouvrage, l’auteur attire l’attention du lecteur sur le rôle des élites dans le processus de prise de décision concernant le choix des programmes d’armement en France. Il adhère en particulier à l’idée développée par le politologue Jean Joana, spécialiste des politiques de défense en Europe et aux États-Unis, selon lequel les élites militaro-industrielles ne formeraient pas « un ensemble de réseaux occultes, de confréries et de sociétés secrètes, mais plutôt une coalition d’intérêts qui parfois coopère » (p. 33).

Samuel B. H. Faure poursuivra cette analyse dans des travaux ultérieurs dans lesquels il mettra en évidence les différences observées entre les patrons de l’industrie de l’armement français et leurs homologues britanniques. En France, les élites aux manettes du secteur de l’armement notamment chez Thales et Safran – composées notamment de hauts fonctionnaires et d’anciens officiers généraux – entretiendraient un rapport beaucoup plus étroit avec l’État qu’au Royaume-Uni, où les dirigeants des entreprises d’armement, telles que BAE Systems ou Rolls Royce, viennent du secteur privé. Le rapport organique entre ces élites et l’appareil d’État serait facilité en France par ce que l’auteur appelle « le pantouflage néo-libéral », qui désigne le phénomène de navette et de circulation des personnels entre l’Administration et les entreprises du secteur de l’armement. Tout comme au Royaume-Uni, les élites socio-économiques en question ont connu une faible internationalisation au fil de leur formation et demeurent donc « nationalo-centrées », tandis que pointe une nouvelle tendance, celle de la financiarisation de ce secteur. Cette dernière se manifeste par l’arrivée de financiers dans les entreprises concernées.

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06

Conclusion

Le travail admirable de Samuel B.H. Faure, mené sur une période de dix années, est le fruit de plus de 250 heures d’entretiens menées lors de 161 rencontres avec 135 acteurs (p.23). Il est à la fois le résultat d’une recherche méticuleuse à partir de multiples sources peu connues du grand public et d’une démarche empirique particulièrement enrichissante. Il permet de démystifier certaines questions très complexes en matière d’acquisition d’armements et d’apporter un peu de transparence à des processus décisionnels souvent jugés opaques en raison des enjeux financiers considérables qui en découlent.

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07

Zone critique

Si ce sont en effet les élites dirigeantes qui ont un poids déterminant dans les choix majeurs effectués en matière d’équipements de défense, les besoins exprimés au niveau des territoires par les populations dont l’emploi et le niveau de vie dépendent étroitement des industries d’armement installées sur place (chantiers navals, manufactures de moteurs, missiliers, usines de bombes et de munitions, etc.) constituent un aspect non négligeable dans le processus de prise de décision. Par ailleurs, une réflexion sur la dimension éthique des choix effectués par les décideurs français aurait certainement été utile au regard des considérations qui continuent d’entourer par exemple le choix d’acquérir des drones armés ou, à l’avenir, celui de robotiser et numériser le champ de bataille. En outre, qu’en est-il du débat autour de la vente de ces mêmes matériels à des puissances étrangères potentiellement rivales, vente dont la pertinence est décidée en commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériels de guerre (CIEEMG) ?

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Samuel B. H. Faure, Avec ou sans l’Europe, Le dilemme de la politique française d’armement, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2020.

Du même auteur – Samuel B.H., Défense européenne. Émergence d’une culture stratégique commune, Montréal, Athéna éditions, 2016.

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