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Couverture de 'Au dela de la propriete'

Au-delà de la propriété

Benoît Borrits

Dépasser le capitalisme par l'économie des communs

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Description

"Au-delà de la propriété" de Benoît Borrits est un ouvrage qui propose une réflexion sur les alternatives au système capitaliste basé sur la propriété privée. Publié en 2018, le livre explore le potentiel des "communs" comme modèle économique et social fondé sur la coopération et la gestion collective des ressources. L'auteur examine les expériences de coopératives, d'associations et d'autres formes d'organisations autogérées qui cherchent à dépasser la logique de la propriété individuelle et du profit.

Il discute des principes de gouvernance, de partage et de solidarité qui sous-tendent les communs et analyse les défis et les opportunités de ce modèle pour repenser la production, le travail et la consommation.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

En France comme dans de nombreux pays occidentaux, la vie politique s’est longtemps structurée autour de deux pôles : à droite, le conservatisme a défendu une vision de l’économie fondée sur le respect de la propriété privée des moyens de production ; à gauche, le progressisme a prôné le changement social par le dépassement du capitalisme. Le progrès social tel qu’envisagé à gauche s’est ainsi défini, de façon négative, par la propriété collective des moyens de production.

Ce projet de dépassement du capitalisme a pris plusieurs formes au cours du XIXe et du XXe siècles, depuis l’émergence et le développement des coopératives jusqu’à l’appropriation collective des moyens de production par l’État, en passant par des expériences plus erratiques d’autogestion des unités de production par les ouvriers. Cependant, au début du XXIe siècle, un constat global d’échec a sanctionné ces différentes voies, car aucune d’elles n’est parvenue à pérenniser la gestion de l’appareil productif par les forces vives de l’économie, à savoir les travailleurs.

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02

Le modèle coopératif

L’émergence des coopératives au cours du XIXe siècle prend racine dans les expériences de socialisme utopique menées en Europe occidentale et aux États-Unis à partir des années 1830, à l’instar des phalanstères de Charles Fourier ou des Icaries d’Étienne Cabet en France. Il s’agit d’un mouvement global de contestation des structures d’entreprise issues de la Révolution industrielle.

La coopérative constitue un projet politique et économique visant à déconcentrer le pouvoir de décision détenu par les capitalistes et à réduire la prédominance de l’argent dans la gestion des affaires afin de replacer l’humain au centre de l’organisation productive. Le modèle coopératif d’entreprise est acapitalistique et se fonde sur une gouvernance démocratique : chaque coopérateur dispose d’une voix, à égalité avec les autres, indépendamment de la part de capitaux qu’il détient dans l’entreprise, à la différence des sociétés par actions.

Mais le modèle coopératif, au-delà de son mode de gouvernance, remet en question la notion même de propriété. Dans un tel modèle, la propriété des moyens de production est partagée par tous ceux qui participent à la production de biens ou de services. Cette démarche n’abolit pas la notion de propriété privée mais elle en redéfinit le périmètre : ce ne sont plus les actionnaires qui possèdent l’entreprise, mais les coopérateurs.

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03

Le modèle étatique

Certains auteurs ont rapidement pris acte des limites inhérentes au modèle coopératif, porté par des initiatives erratiques. Ce fut le cas de Louis Blanc qui proposa, dès les années 1840, d’en étendre la portée en confiant à l’État la mission de collectiviser le capital à l’échelle nationale.

Peu après, Karl Marx et Friedrich Engels soutenaient que la conquête du pouvoir politique constituait un préalable incontournable à la propriété collective des moyens de production. Ce terreau idéologique devait préparer les premières expériences politiques de révolution communiste en Europe.

Après plusieurs tentatives avortées au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, la Révolution bolchévique de 1917 marqua un tournant dans l’histoire politique de la contestation du système capitaliste en jetant les bases d’une économie socialisée à l’échelle d’un pays. L’État s’arrogeait ainsi le monopole du système productif. Toutefois, la Révolution russe chercha d’abord à organiser l’économie en conseils (« soviets »). Le pouvoir soviétique mit alors en œuvre la « nouvelle politique économique » (NEP) qui planifiait l’économie, tout en laissant un capitalisme privé organiser la petite production paysanne dans un pays encore majoritairement agricole.

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04

Le modèle au­to­ges­tion­naire

Le modèle étatique illustré par l’URSS ne fut toutefois pas la seule expérience d’appropriation collective des moyens de production au XXe siècle. En 1936, l’Espagne connut une révolution qui mit en œuvre un modèle de communisme autogestionnaire d’inspiration libertaire. Après l’échec du coup d’État militaire et face à la faiblesse du gouvernement républicain, un vaste mouvement « conseilliste » de réappropriation des moyens de production par les travailleurs se diffusa dans tout le pays.

Mais d’importants problèmes de gestion ne tardèrent pas à se manifester, les financements commencèrent à manquer et de nombreuses tensions se firent jour entre les différentes organisations politiques qui échouèrent à surmonter leurs différends pour coordonner ensemble la production économique, de sorte que le modèle périclita après plusieurs mois de résistance. La révolution espagnole demeure la seule expérience conseilliste qui parvint à mettre en œuvre à l’échelle nationale une planification de l’économie du bas vers le haut.

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05

La so­cia­li­sa­tion des moyens de production

Au XIXe siècle, Pierre-Joseph Proudhon, penseur d’inspiration anarchiste, avait développé l’idée que, pour abolir la propriété sans recourir aux moyens coercitifs de l’État, l’important n’est pas de posséder le capital mais d’y avoir accès. Son idée fut en partie reprise par Jean Jaurès au début du XXe siècle, qui souhaitait que les citoyens devinssent des associés plutôt que des salariés. L’idée ressurgit, presque sans dire son nom, après la Seconde Guerre mondiale.

Avec l’émergence des systèmes de sécurité sociale en Occident, de nouveaux leviers de socialisation de la valeur ajoutée créée par les entreprises ont fait leur apparition : les cotisations sociales. Ces prélèvements sont opérés sur les salaires – à l’actif du bilan – et permettent de mutualiser des ressources afin de financer des services pour les travailleurs. Encore faut-il distinguer le salaire différé (chômage, retraite), qui sera reversé à l’employé en cas d’absence de revenu et relève d’une logique assurantielle, du salaire socialisé (sécurité sociale), qui permet de financer l’économie non marchande et les services sociaux dans une logique collective. Les cotisations sociales ont déjà apporté la preuve de leur efficacité. Il s’agit désormais de savoir si ce qui est opéré sur l’actif du bilan pourrait également être appliqué au passif.

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06

L’avènement des communs par l’irruption dé­mo­cra­tique

La socialisation des moyens de production par les revenus et par le financement laisse entrevoir une économie des communs dans laquelle les actionnaires privés tendent à disparaître. Là où le modèle coopératif élargissait le périmètre de la propriété privée sans parvenir à en abolir le caractère exclusif, l’économie des communs mutualise complètement la propriété des moyens de production en faisant progressivement disparaître les fonds propres.

Là où le modèle étatique imposait une planification par un État centralisé devenu actionnaire de toutes les entreprises, l’économie des communs donne à tous les citoyens le pouvoir de décision sur la production nationale. Là où le modèle autogestionnaire échouait à concilier autonomie des travailleurs et coordination de la production, l’économie des communs donne corps à la « propriété sociale » des moyens de production. En définitive, ce nouveau modèle institue une gestion éminemment démocratique de l’économie.

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07

Conclusion

Si Benoît Borrits affirme sans ambages l’ambition programmatique de son ouvrage, il fonde toutefois son projet sur une analyse rigoureuse et documentée des tentatives historiques d’appropriation des moyens de production. Il nous dévoile ainsi des pistes d’action pour dépasser la notion de propriété qui se trouve au fondement de notre économie depuis la Révolution industrielle.

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08

Zone critique

Benoît Borrits explique assez clairement pourquoi les expériences historiques d’appropriation collective des moyens de production ont échoué et pourquoi celle qu’il propose pourrait fonctionner. Cependant, il passe sous silence l’importance que le système capitaliste accorde à l’initiative individuelle, véritable moteur de l’économie de marché et carburant de la prospérité de nos sociétés.

L’économie des communs qu’il nous propose, si elle refuse la concentration de l’autorité en une entité centralisée, promeut sa diffusion à l’ensemble de la société : tous les citoyens, parce qu’ils décideraient collectivement de ce qui peut être produit et consommé, obtiendraient un droit de regard sur tout projet entrepreneurial. Mais cet argumentaire fait l’impasse sur un élément essentiel de nos démocraties libérales – la liberté d’entreprendre – et soumet les désirs de chacun à l’appréciation de tous. C’est considérer qu’il vaut mieux obtenir l’assentiment de la majorité plutôt que de prendre ses responsabilités et tenter sa chance, avec le risque d’échouer dans son entreprise. Il s’agit d’instituer une régulation du marché par la multitude a priori plutôt qu’a posteriori, et donc risquer de condamner toute innovation avant même de pouvoir en éprouver le concept.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Au-delà de la propriété. Pour une économie des communs, Paris, La Découverte, coll. « L’horizon des possibles », 2018.

Du même auteure

– Coopératives contre capitalisme, Paris, Syllepse, 2015. – Travailler autrement : les coopératives, Paris, Éditions du Détour, 2017.

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