
Après le colonialisme
Les enjeux postcoloniaux dans le monde
Description
Cet ouvrage a pour thèse principale le fait que les flux (de populations et d’informations), sont constitutifs du monde moderne globalisé. La modernité se caractériserait par la formation d’un imaginaire construit, à l’origine du concept d’État-nation, notion ayant été très longtemps employée par l’anthropologie depuis la fin du XIXème siècle et ayant longtemps constitué le paradigme incontournable de la pensée politique.
Ce livre s’inscrit donc dans une rupture avec les perceptions anthropologiques précédentes (notamment le culturalisme du XXe siècle), et se place dans le prolongement d'une anthropologie culturelle postcoloniale.
Sommaire
01Introduction
L’ouvrage pose la question des idiosyncrasies de la globalisation perçue à l’aube des années 2000 par une anthropologie postmoderne. C’est cet axe qui sera le fil d’Ariane de cette recension de l’ouvrage d’Arjun Appadurai, à l’heure où la mondialisation se manifeste par des réseaux sociaux générant des flux d’informations exponentiels.

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02Une nouvelle pensée
« Globalization » est un mot qui correspond chez les anglo-saxons au terme de mondialisation et l’anthropologue Marc Abélès, dans sa préface à cet ouvrage rédigé par Arjun Appaduraï en 1996, le définit comme « le processus qui est à l’œuvre et qui met en cause les dimensions locales et nationales qui caractérisaient jusqu’ici le fonctionnement des sociétés ».
À lire cette définition, la mondialisation comme processus consisterait davantage en un ensemble de faits qui seraient plutôt la cause que la conséquence de la disparition de l’État-Nation que développe dans son ouvrage Appaduraï et sur laquelle nous reviendrons. La mondialisation est un concept beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, et ce n’est pas un modèle homogène. Avec son analyse du concept de globalization, l’auteur introduit au sein de la théorie de la modernisation une rupture dans l’histoire de la sociologie et de l’anthropologie de tradition plutôt wébérienne.

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03Des imaginaires identitaires revisités
Appaduraï emprunte à Benedict Anderson la notion de « communauté imaginée ». Pour l’auteur de L’Imaginaire national, réflexion sur l’origine et l’essor du nationalisme, dans tous les pays du monde, quand il existe un passage d’une communauté où les individus se connaissent à une autre se met en place une forme de contrôle social. Pour qu’un pays, ou une nation, puisse fonctionner, il faut construire un imaginaire collectif et national qui serait fondateur des identités nationales.
L’auteur rejoint ici le déterminisme d’Émile Durkheim lorsqu’il stipule qu’on peut ainsi passer du petit au très grand, autrement dit de micro-représentations individuelles constitutives de représentations collectives englobant les premières. La communauté imaginée lie et soude les individus appartenant à la même nation . La culture est alors un élément essentiel à prendre en compte pour théoriser cette notion d’« imagination » qui apparaît centrale dans cet ouvrage.

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04Les « trans-nations » modernes
Cette nouvelle forme d’imaginaire collectif n’est pas sans liens avec ce que Appaduraï nomme la « crise de la nation », lorsqu’il considère le patriotisme comme étant un mouvement revendicateur d’identité s’essoufflant ou prenant une autre tournure. Il ne parle plus de nation mais de « trans-nations », notion moderne caractérisée par les flux de personnes et d’informations évoqués plus haut.
Mais paradoxalement, l’auteur ne renie cependant pas totalement le concept de communauté imaginée d’Anderson dans l’exemple du cricket, cette pratique sportive étant constitutive de la nation indienne (ch. 4). La population à l’instar de cet exemple se réapproprie les stratégies identitaires notamment par des pratiques corporelles. Ainsi le patriotisme se dissout dans de nouvelles formes de processus identitaires, et l’imagination collective se produit par l’influence des médias.

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05Un néo-culturalisme héritier des fondateurs
Comme Lévi-Strauss a distingué dans Race et Histoire les sociétés chaudes (à changement) et les sociétés froides (plus figées), Appaduraï émet une différenciation entre les formes culturelles dures et les formes culturelles douces. Le cricket indien entre dans une forme culturelle dure car il ne se transforme pas.
« En suivant cette distinction, je dirais que le cricket est une forme culturelle dure qui modifie plus vite ceux qui sont socialisés en son sein qu’elle ne se modifie elle-même » (p. 144). Le cricket comme forme culturelle figée est une pratique sportive liée à un sentiment nationaliste ressenti de la part de ses adeptes, et l’auteur explique également comment les médias ont joué un rôle dans l’indigénisation de ce sport. Un sport mondialisé qui cependant ne nie pas les provenances ethniques des sportifs. Et cette dialectique mondial/origines locales se retrouve dans la prise en compte des localités.

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06Médias et identités modernes
La notion de « public » est également importante pour qualifier cette globalisation, et Appaduraï parle de « sphère publique d’exilés », qui seraient les récepteurs de ces informations, touchant à des sphères aussi variées que le politique et l’économique. « La globalisation a pour corrélat une démultiplication des publics qui sont en mesure de produire de nouvelles formes culturelles ».
L’auteur ne se situe donc pas dans les problématiques plus macrosociologiques d’un certain déterminisme qui consisterait à hypothéquer qu’il y a une emprise des médias sur le public. Non, là les publics sont capables d’invention et de production. Le linguiste Noam Chomsky ne se situe pas non plus dans cette veine sociologique où il dénoncerait une manipulation directe du gouvernement américain sur le public par le biais des médias. Non, ce dernier peut être lu avec une double interprétation, puisqu’il pense que le peuple est capable d’avoir un recul critique par lui-même et de se sortir de cette manipulation, et en ce sens il se rapproche d’Appaduraï. Effectivement, ce dernier, dans une analyse de la consommation, écrit que les Américains sont devenus des « connaisseurs des arcanes de la macroéconomie » (p.129).

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07Conclusion
Dans le rapport que l’individu moderne entretient avec l’Histoire, son histoire, l’auteur qualifie cette relation de primordialiste, qu’il distingue de la modernité et qu’il réfute. La modernité est effectivement une des caractéristiques du monde contemporain. Le primordialisme relève de la conscience historique et réunit le groupe dans la conscience d’une appartenance à un passé lointain. Il se distingue de l’ethnicité et de la diversité.

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08Zone critique
Puisons dans le cinquième chapitre intitulé « Le nombre dans l’imaginaire colonial », qui développe la question du nationalisme indien en reprenant la théorie de l’imaginaire, mais qui ne déploie nullement les concepts présentés dans le premier chapitre (ethnoscapes, mediascapes, technoscapes, financescapes, ideoscapes). Bien que ce panel de zones soit remarquablement bien développé et intelligible, il s’avère que cette lacune ne permette pas au lecteur de faire des liens entre ces paysages (des individus, des moyens électroniques, de la technologie, des finances, et des idéologies), et le nationalisme indien.
Selon Appaduraï, les frontières sont mouvantes dans le monde contemporain. Il ne s’agit donc plus d’État-Nation mais de « localités ». Cette notion de local n’existe pas vraiment dans le sens où les groupes humains le produisent et le transforment en permanence dans leurs flux, et dans le contexte historique du post-colonialisme. Appaduraï étudie les diasporas et les migrations de toutes sortes, dans un monde déterritorialisé. La déterritorialisation est donc à comprendre comme un phénomène qui affecte les symboles, les identités mais aussi les marchandises et les individus, et quicontribue à la désagrégation des États-nations.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Après le colonialisme, les conséquences culturelles de la globalisation, Paris, Payot, 1996.

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