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Couverture de 'Apres la democratie'

Après la démocratie

Emmanuel Todd

Après le « moment Sarkozy » : la démocratie a-t-elle encore un sens ?

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Description

"Après la démocratie" de Emmanuel Todd, est un essai qui explore les défis et les contradictions auxquels les démocraties occidentales sont confrontées au début du XXIe siècle. Todd, anthropologue, historien et démographe, est connu pour ses analyses des structures familiales et leur impact sur les systèmes politiques et sociaux. Dans cet ouvrage, il s'intéresse à la montée des inégalités, au déclin de la participation politique, à l'érosion de la solidarité sociale et à l'augmentation du sentiment de désillusionnement à l'égard des institutions démocratiques.

Devant l’évolution de plus en plus profondément antidémocratique de la France, il est désormais légitime de se demander si la démocratie a encore un sens, une signification et une réalité dans notre pays et, si ce n’est plus le cas, ce qui le peut la remplacer avec le plus de probabilité dans un avenir proche.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Ce livre est né d’une révolte : celle d’Emmanuel Todd devant les premiers mois de la présidence de Nicolas Sarkozy, en 2007/2008. Révolte devant le mépris, les insultes, l’inculture revendiquée du nouveau président, que l’auteur surnomme « le Provocateur ».

Mais dénoncer avec virulence ce qu’Emmanuel Todd nomme « le moment Sarkozy » n’est pas suffisant pour l’auteur. Pour ce dernier, il faut en effet d’abord et avant tout remettre à plat l’évolution qui a mené à cette catastrophe démocratique, qui a rendu possible la réalité politique du sarkozysme.

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02

La question économique mine la démocratie française

Dans le domaine à la fois le plus conscient et le plus apparent de la vie sociale, il est clair pour Emmanuel Todd que la question dominante est la question économique. Et que, pour l’instant, cette dernière est sans issue aucune.

En effet, d’une part, les élites de la pensée, de l’administration, de la politique, des médias et de l’économie considèrent le libre-échange et son corollaire, le néo-libéralisme, soit comme une nécessité, soit comme une fatalité. Mais à l’inverse la grande majorité de la population française perçoit le libre-échange et le néo-libéralisme comme une machine à broyer, qui casse la société, détruit les emplois par millions et comprime les salaires, entraînant l’ensemble de la société dans un processus apparemment sans fin de régression, de contraction, de désintégration et de déstructuration.

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03

Une « démocratie de ma­ni­pu­la­tion »

L’équation à résoudre pour la démocratie française contemporaine est la suivante : comment éviter de faire en sorte que les consultations électorales fassent apparaître en pleine lumière ce qui préoccupe réellement les électeurs, c’est-à-dire la gestion économique, et que soient remis en cause le libre-échange et le néo-libéralisme ?

Jusqu’à l’élection de Nicolas Sarkozy, des facteurs spontanés ou des constructions délibérées concouraient tous à ce résultat. Facteurs spontanés : par une sorte d’auto-éviction du système, les plus vulnérables, les plus en marge, s’excluaient eux-mêmes du jeu politique, soit par l’abstention, soit par le vote en faveur du FN (Front national, actuel RN, Rassemblement national). Constructions délibérées : boniments de foire de Jacques Chirac sur la « fracture sociale », ou promesses socialistes, bien entendu non tenues, de défendre l’État social. L’équilibre précaire atteint par le système comporte cependant un coût extrêmement élevé : l’électeur reste, comme dans toute démocratie « normale », le souci constant des hommes politiques. Mais c’est pour être manipulé, non pour être servi et écouté. Cette « démocratie de manipulation », qui n’est pas une démocratie d’opinion, mais une démocratie de manipulation de l’opinion, de la même manière que sont manipulés les électeurs, oblige les gouvernants à se concentrer uniquement sur l’analyse des sondages, la séduction des journalistes et le contrôle des médias audiovisuels.

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04

La République ethnique

Il est donc clair que la démocratie française est gravement altérée, et qu’elle ne peut plus être qualifiée de saine. Les problèmes économiques qu’elle doit affronter sont gravissimes et, sur le plan économique, la catastrophe est certaine : simplement, nous sommes encore dans l’incertitude quant à son ampleur et au moment précis de son déclenchement.

Or, quand une société ne parvient pas à affronter ni, surtout, à surmonter ses problèmes économiques, l’une des issues les plus évidentes qui s’offrent à elle est la fuite dans l’irrationnel. Le plus souvent, cette solution passe par la désignation d’un bouc émissaire, qu’il soit ethnique, religieux ou racial.

Et le moins que l’on puisse dire est que le sarkozysme a constitué dans ce domaine une avancée majeure : l’islam, les immigrés, les jeunes des banlieues, ont tous été désignés à la vindicte publique, à un titre ou à un autre, à un moment ou à un autre. On peut en dire de même de l’intitulé de l’un des ministères du gouvernement : ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire. En d’autres termes, le sarkozysme peut en grande partie s’analyser comme une tentative de ressourcement ethnique de la démocratie française. Les Français deviendraient ainsi le groupe dominant d’une République perpétuellement menacée par une « invasion » étrangère.

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05

La suppression du suffrage universel

Bien que cette hypothèse soit hautement improbable, dans un pays qui entretient un rapport religieux avec le suffrage universel, Emmanuel Todd pense cependant que l’on ne doit pas totalement l’exclure.

En effet, depuis maintenant une vingtaine d’années, le suffrage universel produit plus d’incertitudes que de choix rationnels : au premier tour de l’élection présidentielle de 2002, acte premier de cette évolution, l’extrême droite l’a en effet emporté sur une gauche divisée et fragmentée. Puis, au premier tour de l’élection présidentielle suivante, en 2007, on a assisté à un combat entre deux candidats du vide, Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy. Ils n’existaient que par les sondages et une sorte de société du spectacle permanente, s’imposant plus par leur image que par leur programme. Alors pourquoi pas, après tout, supprimer purement et simplement le suffrage universel, qui ne permet plus un fonctionnement optimal de la démocratie française ? L’hypothèse de l’auteur est la suivante. Dans un système où les hommes politiques ont de plus en plus de mal à se faire élire, pour ensuite ne pas pouvoir gouverner, puisque c’est le libre-échange et le capitalisme financier qui dictent leur loi, le refus « d’obéir » au peuple, en appliquant sa volonté clairement exprimée, pourrait prendre la forme claire d’une suppression du suffrage universel.

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06

Quel mode de gou­ver­ne­ment ?

Pour Emmanuel Todd, la menace d’une suppression du suffrage universel est beaucoup plus sérieuse que celle d’une République ethnique. L’auteur rappelle en effet que la tradition politique française, ce n’est pas uniquement la révolution de 1789 et les droits de l’homme : c’est également la dictature des deux Bonaparte.

Dans l’éventualité d’une suppression des élections, se pose alors immédiatement une question d’ordre pratique : comment s’opérerait la sélection des gouvernants ? Cette sélection reposerait sur la cooptation, à tous les échelons. Cette solution a le mérite d’éviter la « fossilisation bureaucratique » du pouvoir, pour reprendre l’expression de Max Weber citée par l’auteur, et de maintenir l’entre-soi de la classe politique dirigeante.

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07

Conclusion

L’instauration d’une vaste zone de protectionnisme européen organisé à l’échelle de l’Union européenne, entre Royaume-Uni et Russie, permettrait à toutes les sociétés qui composent cet espace d’échapper à la compression des salaires qui entraîne une pression sur le suffrage universel et, in fine, une compression de la démocratie.

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08

Zone critique

Le principal reproche adressé à l’auteur tient à son catastrophisme : il est peu probable en effet que la démocratie « formelle » cesse d’exister en France dans un avenir proche. Depuis trop longtemps, ce système politique est considéré comme l’horizon indépassable de l’humanité en matière de forme de gouvernement.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Après la démocratie, Paris, Gallimard, 2008

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