
Anthropologie de la globalisation
Les impacts de la mondialisation sur la société
Description
Marc Abélès est un anthropologue français connu pour ses recherches sur la politique, le pouvoir et la globalisation. Dans "Anthropologie de la globalisation", on peut s'attendre à ce qu'Abélès examine comment la globalisation affecte les cultures, les sociétés et les individus à travers le monde. L'ouvrage pourrait aborder des thèmes tels que l'impact de la mondialisation économique et culturelle, les flux migratoires, les identités transnationales, ainsi que les résistances et adaptations locales face aux processus globaux.
En utilisant une approche anthropologique, Abélès pourrait offrir des insights sur la manière dont les communautés et les individus négocient leur place dans un monde de plus en plus interconnecté, mettant en lumière les tensions entre le local et le global, l'homogénéisation culturelle et la diversité.
Sommaire
01Introduction
Anthropologie de la globalisation est un ouvrage théorique important qui accomplit plusieurs avancées majeures pour la recherche scientifique contemporaine. C’est d’abord une synthèse, jusqu’alors inédite en France, des approches anthropologiques de la globalisation, permettant de résumer la pensée d’auteurs parfois peu traduits, comme Arjun Appdurai ou George Marcus.
Mais l’ouvrage de Marc Abélès est également un programme de recherche qui entreprend de définir avec précision la contribution de l’anthropologie à la compréhension de la globalisation. Que fait la globalisation à l’anthropologie ? Comment penser une discipline fondée sur l’observation de communautés localisées dans un monde où tous les hommes sont désormais reliés ?

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02Qu’est-ce que la globalisation ?
Afin de cerner les spécificités du contexte contemporain, Marc Abélès préfère le terme de « globalisation » à celui de « mondialisation ». Ce choix fait écho à de vieux débats opposant internationalistes et globalistes.
Pour trancher, Marc Abélès fait appel aux travaux de Paul Hirst et Graham Thompson qui ont développé deux idéal-types : l’« économie internationale » désigne des économies interdépendantes qui demeurent des entités autonomes dominées par l’État tandis que « l’économie globalisée » renvoie à des économies nationales subsumées par des processus internationaux.
Selon Marc Abélès, c’est bien du côté de la seconde qu’il faut chercher la spécificité du contexte contemporain. L’humanité n’en est pas à sa première mondialisation, mais si les notions développées par Fernand Braudel et, dans son sillage, par Immanuel Wallerstein, « d’économie monde » et de « système monde » ont montré l’existence d’un lien à échelle planétaire institué par le capitalisme et la division du travail qui lui est consubstantielle, il semble que cette dimension (souvent soulignée par les auteurs marxistes) ne définisse que partiellement le phénomène de la globalisation et qu’elle ne permette pas de singulariser notre époque.

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03Les dimensions culturelles de la globalisation
Marc Abélès affirme, avec Arjun Appadurai, que la globalisation « donne un rôle inédit à l’imagination » , notamment dans le rapport à l’autre. Il faut alors penser la globalisation autrement qu’en termes de domination pure et simple et contester l’unilatéralité des flux qui la composent : si l’on a souvent dénoncé la « mcdonaldisation » du monde comme un symbole de l’impérialisme américain, l’auteur montre (en s’appuyant sur les travaux de George Ritzer et de James L. Watson ) comment les différentes sociétés parviennent à des spécificités locales dans leur version du fast-food (pas de bœuf en Inde, pas de laitages en Israël, du champagne au Brésil, du vin en Italie, etc.).
L’exemple manifeste, plutôt qu’une domination sans partage, une hybridité en mouvement, faite de négociations et de compromis. Le prétendu avènement d’une monoculture planétaire serait davantage une peur des anthropologues qu’une réalité concrète, et l’hybridation qualifie mieux notre monde que l’uniformisation : « Les frontières se brouillent entre l’authentique, le traditionnel et les apports culturels issus de civilisations lointaines, mais qui circulent d’un bout à l’autre de la planète » (p.47). Cette hybridité des cultures pose un nouveau défi que l’anthropologie semble pouvoir relever.

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04L’ethnographie du global
Marc Abélès affirme, en prenant notamment appui sur les travaux de Michael Burawoy et sa théorie de « l’étude de cas élargie », que l’ethnographie de la globalisation est impossible sans prendre en compte « l’influence des forces externes sur la vie locale, les connexions existantes entre différents lieux, et les représentations qui façonnent le quotidien et qui s’alimentent au global » (p.102).
Les signes d’une inscription des pratiques humaines dans une dimension globale sont omniprésents et concernent l’intégralité des « terrains » des ethnologues. Cela ne veut pas dire, pour autant, que le local n’ait de sens que comme expression du global. C’est à un jeu constant de variation d’échelle, entre micro et macro, que doit se livrer l’ethnographe. L’interconnexion de ces échelles, évidente dans le cas d’« infirmières indiennes vivant aux États-Unis et qui reviennent au Kerala, ou des carrières d’ingénieurs irlandais pris dans la spirale des réseaux transnationaux » (p.101) est un phénomène complexe pour l’observateur. Bien que l’anthropologie doive toujours se construire sur la base d’une ethnographie du local, le chercheur ne peut plus ignorer qu’une part importante de ce qui détermine les pratiques qu’il observe localement répond à des enjeux et des déterminismes agissant à l’échelle globale. Ce travail ethnographique, fait d’observations locales puis suivies d’une réflexion sur le global, modifie les contours de la méthode anthropologique. Marc Abélès s’inscrit ainsi dans la lignée d’anthropologues, tels que George Marcus et Arjun Appadurai, qui ont déjà proposé de tels changements. Marcus principal promoteur de l’approche « multisite » en anthropologie, laquelle consiste à faire l’ethnographie simultanée de plusieurs terrains en vue d’étudier leurs connexions globales ; contrairement à Burawoy qui prescrit d’analyser l’interconnexion des échelles globales et locales, Marcus propose une méthode par laquelle c’est « l’ethnographe lui-même qui entre en connexion ».

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05Le déplacement du politique
Chez Marc Abélès, la définition d’une méthode anthropologique d’analyse de la globalisation est au service de la compréhension du politique contemporain. L’impact de la globalisation sur les organisations politiques est étudié depuis longtemps, mais la question est presque constamment posée en termes de déclin du modèle de l’État-nation et de son autorité. Certes, la toute-puissance de l’État a été particulièrement contestée lors des dernières décennies, notamment dans le domaine de l’économie où les marchés transcendent les limites du territoire par la montée en puissance de la « gouvernance privée » (ONG, fondations, associations commerciales, syndicats du crime).
Mais la globalisation causera-t-elle la fin de l’État ? Ce pronostic est contesté par certains auteurs affirmant que l’apparition des acteurs non-gouvernementaux au premier plan de la scène politique ne saurait entraîner le déclin des États-nations qui « limitent le terrain de jeu de la société civile ». Bien plus, par les moyens de contrôle dont ils disposent, les États renforceraient même leur souveraineté tout en entretenant l’illusion de leur déclin.

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06Le global politique
Ainsi, ce qui est profondément mis à mal à notre époque est à chercher dans l’interdépendance du pouvoir et de ses représentations ; la globalisation n’a pas causé directement le déplacement du politique mais a bouleversé nos manières de penser ce qu’il devrait être. Selon Marc Abélès, le déplacement du politique serait un mouvement profond et la question de savoir si la souveraineté des États est ou non menacée ne permettrait pas de le comprendre. Il s’agirait donc de considérer le pouvoir comme une substance qui ne saurait être qu’imparfaitement maîtrisée par ses détenteurs et dont la nature et le sens seraient fixés par la société.
Marc Abélès inverse l’idée classique suivant laquelle ce sont les changements observés sur la scène politique mondiale (comme l’accroissement de l’importance des organisations internationales) qui ont modifié notre perception du politique ; le nouvel ordre mondial répondrait plutôt aux nouvelles inquiétudes qui naissent dans un monde globalisé. Le déplacement du politique consisterait en un passage du régime de la « convivance » au régime de la « survivance », issu d’une anxiété profonde de l’homme face à son devenir.

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07Conclusion
Anthropologie de la globalisation est une invitation à repenser l’anthropologie à la lumière des bouleversements du monde contemporain. Bien que celui-ci ait connu d’autres phases de mondialisations, nous sommes entrés dans un moment sans précédent, caractérisé par la multiplication et l’intensification des flux transnationaux qui touchent toute la planète. Dès lors, l’étude du phénomène ne doit plus être l’apanage des seuls économistes et Marc Abélès insiste sur les conséquences culturelles de la globalisation. Aussi faut-il commencer par réfuter une idée répandue selon laquelle elle plongerait le monde dans une sorte de monoculture.

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08Zone critique
Le livre de Marc Abélès remplit une double fonction.
D’un côté, il fait office de manuel synthétisant des approches majoritairement anglo-saxonnes de la globalisation. Il fait donc connaître aux lecteurs français quelques auteurs peu ou pas traduits dont les travaux sont d’une importance déterminante pour la compréhension de ce phénomène contemporain et du rôle spécifique que l’anthropologie peut y tenir. Mais Anthropologie de la globalisation ne se contente pas d’exposer une synthèse. L’auteur s’attache à montrer comment l’anthropologie, notamment par sa méthode de décentrement, permet de comprendre ce que la globalisation fait au politique.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Anthropologie de la globalisation, Paris, Payot, 2008.
Du même auteur
– Jours tranquilles en 89, Paris, Odile Jacob, 1988. – Un ethnologue à l’Assemblée, Paris, Odile Jacob, 2000. – Politique de la survie, Paris, Flammarion, 2006.

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