
Anthologie des dystopies
Les mondes indésirables de la littérature et du cinéma
Description
Comment va le monde ? « Mal », nous répond la dystopie. Preuve en est l’anthologie de Jean-Pierre Andrevon consacrée à ces futurs imaginaires sombres et apocalyptiques qui hantent la littérature et le cinéma depuis la fin des années 1840. Genre antinomique de l’utopie, sous-genre de la science-fiction, la dystopie est devenue populaire dès la première moitié du XXe siècle.
Manifestations de nos peurs et de nos angoisses, ses œuvres reflètent les préoccupations d’une époque qui porte bien souvent en elle les prophéties des sociétés qui nous entourent.
Sommaire
01Introduction
Publiée en février 2020, aux premières lueurs d’une pandémie, l’anthologie des dystopies de Jean-Pierre Andrevon paraît dans un contexte saisissant qui répond à une actualité laissant présager le pire. Son recueil recense plusieurs dizaines d’œuvres dystopiques littéraires – romans, nouvelles, bandes dessinées – et cinématographiques, ainsi que des séries télévisées. Réunis par thèmes, les titres cités sont la plupart du temps alimentés d’un résumé enrichi d’extraits, et sont complétés par les commentaires et points de vue de Jean-Pierre Andrevon. Il dresse ici un très vaste panorama du genre qui exclut cependant les œuvres de fantasy, les futurs imaginés sur d’autres planètes et les œuvres consacrées aux mondes virtuels.

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02Utopie et dystopie, du rêve au cauchemar
« Une société dont les dirigeants veulent faire le bonheur des citoyens contre leur volonté – voire un système qui ne tend qu’à asservir –, en somme le contraire de l’utopie, a pour nom dystopie. » Antérieure à la dystopie, l’utopie décrit une société idéale, un État modèle qui répondrait au bonheur des citoyens. Pour certains, les premiers textes utopiques remontent à la comédie grecque Les Oiseaux écrite par Aristophane, pour d’autres à La République de Platon.
Mais le terme utopia a été créé en 1516 par Thomas More dans L’Utopie et signifie « sans lieu » autrement dit un lieu qui ne se trouve nulle part. Les premières utopies s’imposent comme une critique de la société dans laquelle vivent les auteurs. Il en sera ainsi en 1602 de La Cité du Soleil de Tommaso Campanella, du récit La Nouvelle Atlantide de Francis Bacon paru en 1626, et du roman de Louis-Sébastien Mercier publié en 1771, L’An 2440, rêve s’il en fut jamais. Au XIXe siècle on note une baisse des espoirs utopiques.

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03Les grands thèmes de la dystopie
Cette anthologie identifie les thèmes récurrents de la dystopie. La dictature s’y impose naturellement car la dystopie ne fonctionne que par la contrainte. Le roman de George Orwell, 1984, recourt à un langage totalitaire et à une surveillance de tous les instants sous le regard de Big Brother. Dans les années 1950, Jean-Gaston Vandel fait figure de précurseur en publiant de nombreuses variations sur les dictatures. Qui dit dictature dit révolte. Celle des hommes d’abord, avec une entrée en lutte des classes dominées, la lutte des âges ou encore celle des races. La Ferme des animaux de George Orwell narre la révolte des animaux contre l’homme.
Dans la bande dessinée Transperceneige, ce sont les riches qui luttent contre les pauvres. On assiste ensuite à la révolte des robots, autre thème prépondérant. Dès 1920, dans la pièce R.U.R. écrite par Karel Capek, le lecteur est témoin de leur première révolte lorsque des robots réduits à l’esclavage décident de se soulever contre l’homme. Il faudra attendre 1950 et les Trois lois de la robotique d’Isaac Asimov pour voir apparaître l’idée de coopération entre les robots et les hommes.

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04Demain est déjà aujourd’hui : prospective, anticipations et prophéties
La dystopie ébauche systématiquement un univers à l’agonie. Évocation de futurs proches ou lointains, combien de dictatures et de catastrophes les œuvres dystopiques ont-elles anticipé ?
La science-fiction semble bien n’être jamais tout à fait innocente, et parmi les créations référencées dans cette anthologie, nombre d’entre elles ont une résonnance particulière au regard de certaines évolutions de notre société. La trilogie de Suzanne Collins, Hunger Games, par le truchement du jeu offre une réflexion en miroir de « la société du spectacle » dans laquelle nous évoluons : concurrence poussée à l’extrême, surveillance accrue et manipulations. Il arrive donc que la fiction devienne réalité et les exemples ne manquent pas.
Le Russe Evgueni Zamiatine écrit le roman Nous dans les années 1920, et sa critique d’un stalinisme qui n’existait pas encore en fait une œuvre prophétique. En 1934, dans son roman Quinzinzinzili Régis Messac décrit déjà la guerre à venir. En 1936, le film La Vie future anticipe de cinq ans le Blitz. Parue en 1952, la dystopie satirique de Frederick Pohl et C.M. Kornbluth, Planète à gogos, projette le lecteur dans un futur proche surpeuplé où les citoyens ne sont plus que des consommateurs.

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05Les piliers de la dystopie en littérature
En littérature, Jean-Pierre Andrevon a recensé cinq œuvres incontournables considérées comme des classiques du genre. Le roman de Jack London, Le Talon de fer est publié en 1908. Il porte le capitalisme américain du début du XXe siècle à son paroxysme et met en lumière l’exploitation de la main-d’œuvre ouvrière par les grands industriels.
L’auteur préfigure ici la Première Guerre mondiale, le fascisme, le nazisme et le maccarthysme. Écrit en 1920, publié en France en 1929, Nous d’Evgueni Zamiatine met en scène « L’Intégrale », un vaisseau qui a pour mission d’exporter les bienfaits de l’humanité aux autres mondes. Sur Terre, les citoyens vivent dans des cités de verre qui les exposent à la vue de tous. Leur sommeil, leurs repas, leur travail, leurs loisirs sont régulés par la « Table du Temps ».
Le narrateur songera bien à se révolter avant de subir « l’Opération » destinée à priver son cerveau de toute imagination. Les thèmes de la dystopie sont ici bien présents : la déshumanisation des populations, la surveillance permanente soumise aux lois d’une dictature bien établie. Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley est publié en 1932. En l’an 632 dans une société fondée sur l’eugénisme, composée de deux castes supérieures et de trois castes inférieures, tout le monde vit heureux. Jusqu’à ce que John réclame le droit d’être malheureux et de vivre dans l’appréhension du lendemain. 1984, modèle de ville-censure par excellence, a été écrit en 1948 et publié en 1949 par George Orwell.

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06Cinéma et dystopie
Le cinéma offre de grandes références dystopiques. En 1924, Yakov Protazanov réalise le film Aelita adapté d’un roman de Tolstoï.
Considéré comme le « premier film de science-fiction soviétique », il offre une critique des sociétés capitalistes. Mais c’est en Allemagne en 1926, avec le film Metropolis que Fritz Lang signe la première véritable œuvre dystopique destinée au grand écran. Nous sommes alors en 2027 à Metropolis dans une cité verticale organisée en deux strates : les dirigeants vivent dans les hauteurs, les ouvriers-esclaves sont parqués dans les sous-sols. Une révolte éclatera, mais la morale idéaliste qui clôt le film remet en question sa nature purement dystopique.
N’y décèle-t-on pas en effet une pointe d’utopie ?
Si Jean-Pierre Andrevon définit THX 1138 réalisé par George Lucas en 1971 comme le « summum du film dystopique » c’est parce qu’il contient en lui tous les thèmes d’une société dystopique : la révolte, le nivellement des citoyens, le répression sexuelle, l’abêtissement par la télévision, la présence d’une religion d’État imposée. Ce sont Mad Max 2. Le défi (1982) ainsi que Mad Max. Au-delà du dôme du tonnerre (1985) qui retiennent ensuite plus particulièrement l’attention. Le spectateur évolue dans un univers post-cataclysmique dans lequel règne le chaos.

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07Conclusion
Une fois les bases de la dystopie posées, Jean-Pierre Andrevon entraîne le lecteur dans un palpitant voyage au cœur de contrées imaginaires indésirables qui lui feront souvent froid dans le dos.

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08Zone critique
Voici une anthologie qui ne se contente pas de recueillir et de recenser des œuvres consacrées à l’univers de la dystopie. L’ajout de commentaires de la part de son auteur mène rapidement à envisager des pistes de réflexion et de développement. Hélas, même si le lecteur est tout à fait conscient que le principe d’une anthologie est bien de répertorier un ensemble d’œuvres d’un genre identique, celui-ci peut toutefois regretter le manque d’analyse plus approfondie sur le sujet.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Jean-Pierre Andrevon, Anthologie des dystopies – Les mondes indésirables de la littérature et du cinéma, Paris, Vendémiaire, 2020.
Ouvrages du même auteur – La Fée et le géomètre, Paris, Casterman, 1981. – Le Travail du furet à l’intérieur du poulailler, Paris, J’ai lu, 1983. – Guerre des mondes !, Bordeaux, Les Moutons électriques, 2009. – La Guerre au cinéma et à la télévision, Paris, Vendémiaire, 2018.

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