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Investir en amorçage : sélection et rendement

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Description

En 2010, un type qui vient de perdre son magazine et une bonne partie de son argent glisse 25 000 dollars dans une startup de VTC dont personne ne veut : Uber. Sept ans plus tard, ce chèque en vaut plus de cent millions. L'homme s'appelle Jason Calacanis, ancien blogueur, ancien patron de presse en ligne, et il raconte tout ça dans un bouquin sans détour intitulé Angel. Son propos n'est pas de se vanter — enfin, pas seulement. C'est de démonter, pièce par pièce, comment on devient investisseur providentiel, ce fameux business angel qui met ses propres billets dans des boîtes qui n'existent presque pas encore.

Le décor a de quoi intimider. On parle d'entreprises sans chiffre d'affaires, souvent sans produit, parfois sans rien d'autre qu'un fondateur et une idée griffonnée. Neuf sur dix vont mourir. Et pourtant, quelques survivantes rapportent tellement qu'elles effacent d'un coup toutes les pertes et transforment un petit portefeuille en fortune. Calacanis a vécu les deux versants : les zéros absolus et les jackpots à quatre chiffres de multiple. Ce qui l'intéresse, c'est ce qui sépare les deux.

Derrière l'image glamour du chèque qui change une vie, il y a un métier avec ses réflexes, ses filtres, ses pièges. Calacanis affirme qu'on peut apprendre à trier, à négocier son entrée, à sentir le fondateur qui va tenir la distance. Pas une science exacte — un artisanat, avec de la méthode dedans.

La question que l’on se pose : Comment un investisseur providentiel sélectionne-t-il des paris quasi impossibles, et pourquoi cette activité tient-elle debout malgré un taux d'échec écrasant ?Ce que l’on va voir : On suit Calacanis du chèque Uber à sa manière de jauger un fondateur, de dire non des centaines de fois, et de comprendre pourquoi cette classe d'actifs vit de ses rares extrêmes.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un chômeur de la Silicon Valley qui mise sur Uber

Calacanis n'est pas né riche, et c'est un point qu'il martèle. Fils d'un patron de bar de Brooklyn qui a fait faillite, il monte dans les années 2000 un empire de blogs, Weblogs Inc., revendu à AOL pour une somme confortable. Puis il enchaîne les échecs, dont un magazine qui coule. Quand il débarque pour de bon dans la Silicon Valley, il est plus fauché que ses relations ne le laissent croire. C'est là, un peu par accident, qu'il commence à mettre de petites sommes dans des startups de copains de copains.

Le pari Uber devient sa légende fondatrice. En 2010, Travis Kalanick cherche des fonds pour un service qui commande une voiture noire depuis un téléphone. L'idée paraît étroite, presque snob : un truc pour riches pressés de San Francisco. Beaucoup d'investisseurs passent leur tour. Calacanis, lui, met ses 25 000 dollars — une part significative de ce qu'il a — parce qu'il aime le fondateur et le sent capable de tout renverser. Ce chèque unique finira par valoir plusieurs milliers de fois la mise.

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02

Chapitre 2 — Miser sur les gens, pas sur les slides

Le cœur du livre tient dans une conviction simple : à ce stade, on investit dans des personnes, pas dans des produits. Une startup en amorçage n'a rien de stable. Le produit va changer, le marché va se déplacer, le business model va être réinventé deux ou trois fois. La seule constante à travers ces virages, c'est le fondateur. Calacanis dit qu'il passe l'essentiel de son évaluation à jauger un humain, pas un tableur.

Il cherche des signes précis. La capacité à traverser les murs — cette obstination qui fait qu'un fondateur trouve toujours un contournement quand la porte est fermée. La maîtrise du sujet, si fine qu'elle transparaît dès qu'on creuse une question technique. La rapidité d'exécution, mesurée à ce que la personne a réellement bâti avec peu de moyens, pas à ce qu'elle promet de faire avec des millions. Et une forme d'intégrité, parce qu'on va lui confier de l'argent et parfois attendre dix ans.

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03

Chapitre 3 — Le pouvoir de dire non (et de savoir dire oui vite)

Pour Calacanis, l'arme principale de l'investisseur n'est pas le chèque, c'est le refus. On lui présente des centaines de dossiers par an ; il en finance une poignée. La discipline consiste à laisser filer l'immense majorité sans regret, même les jolis dossiers, même ceux qui plairaient aux autres. Chaque oui immobilise du capital et de l'attention pour des années, donc chaque oui doit se mériter contre une barre volontairement haute.

Mais l'autre face de cette discipline, c'est la vitesse. Quand un fondateur exceptionnel apparaît, les meilleurs deals partent en quelques jours, parfois en quelques heures. Celui qui hésite, demande trois réunions de plus et un mois de réflexion se fait doubler par un investisseur plus décidé. Calacanis assume ce paradoxe : dire non presque toujours, très lentement si besoin, mais savoir dire oui en un éclair le rare jour où l'évidence se présente. La lenteur est un luxe qu'on ne s'offre que sur les dossiers qu'on va refuser.

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04

Chapitre 4 — Une classe d'actifs qui vit de ses extrêmes

Si l'on prend de la hauteur, ce que décrit Calacanis n'est pas d'abord une histoire de talent, c'est la mécanique d'une classe d'actifs gouvernée par ses extrêmes. Le rendement de l'amorçage ne se répartit pas comme des salaires ou des loyers, en une jolie cloche autour d'une moyenne. Il obéit à une distribution à queue épaisse : la quasi-totalité des lignes vaut zéro ou presque, et une infime minorité fait des multiples si énormes qu'elle porte, à elle seule, la performance de tout le portefeuille.

Cette forme change ce que 'bien choisir' veut dire. Dans un placement classique, on cherche à éviter les pertes et à lisser le risque. Ici, la logique s'inverse : éviter les pertes n'a presque aucun sens, puisqu'on sait d'avance que la plupart des paris échoueront. Ce qui compte, c'est de ne pas rater les rares affaires capables de faire mille fois la mise — et surtout de ne pas se retirer trop tôt de celles-là. Une prudence excessive, dans ce monde, est une forme de perte : elle protège des petites baisses en fermant la porte aux seuls gains qui comptent.

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05

Conclusion

On revient au chèque de 2010 : 25 000 dollars posés sur un fondateur têtu, transformés en fortune non parce que Calacanis avait vu l'avenir, mais parce qu'il était encore en jeu le jour où l'avenir a frappé. C'est tout son propos. L'investisseur providentiel ne prédit pas les gagnants ; il se met en position de croiser le rare gagnant, de le reconnaître à la qualité de la personne plus qu'à celle du produit, de dire oui vite quand tout dit non, puis de tenir des années sans broncher.

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