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Amazon dot com get big fast

Amazon dot com get big fast

Robert Spector

Amazon choisit la part de marché

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Description

Été 1994, un bureau de Manhattan. Un jeune vice-président d'un fonds spéculatif tombe sur un chiffre qui le sidère : le trafic sur le web croît de plus de 2 000 % par an. Il dresse une liste d'une vingtaine de produits qu'on pourrait vendre en ligne, la passe au crible, et retient le livre. Pas par amour de la lecture — parce que le catalogue mondial compte des millions de titres qu'aucune boutique physique ne peut aligner sur ses étagères. Il s'appelle Jeff Bezos. Il va démissionner d'un poste confortable, traverser le pays en voiture, et taper son business plan sur l'ordinateur portable pendant que sa femme conduit.

Le récit qu'en fait Robert Spector, dans son enquête sur les premières années de l'entreprise, n'a rien d'une success story lisse. C'est l'histoire d'un pari répété, presque monomaniaque : grandir plus vite que tout le monde, quitte à perdre de l'argent pendant des années. Là où une entreprise classique cherche à dégager un bénéfice au plus tôt, Amazon décide de brûler ses gains pour occuper le terrain avant les autres. Un mantra interne résume la doctrine : get big fast.

Derrière ce slogan tient une décision stratégique qui a fait grincer bien des actionnaires, et qui a longtemps ressemblé à une folie comptable. Vendre à perte, dépenser sans compter en entrepôts et en notoriété, refuser le profit qu'on aurait pu prendre — le tout en pariant que celui qui sera le plus gros le premier gardera la place. Reste à comprendre pourquoi ce calcul, contre-intuitif au possible, a fini par tenir.

La question que l’on se pose : Pourquoi une entreprise renonce-t-elle volontairement au profit pendant des années, et qu'est-ce que ce choix révèle de la valeur qu'on accorde à une part de marché ?Ce que l’on va voir : Comment un ancien de Wall Street a transformé une librairie en ligne en machine à conquérir le terrain, en choisissant la taille plutôt que la rentabilité.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un fonds spéculatif, une carte du web et un dé­mé­na­ge­ment vers l'ouest

Avant Amazon, Jeff Bezos est un homme de chiffres. Diplômé de Princeton en informatique et génie électrique, il rejoint D. E. Shaw, un fonds spéculatif new-yorkais réputé pour son culte de la donnée et de l'algorithme. Il y monte vite, devient l'un des plus jeunes vice-présidents de la maison. C'est là, en cherchant des opportunités liées à Internet pour son employeur, qu'il croise le chiffre qui va tout déclencher : une croissance du web à trois zéros. Une occasion pareille, se dit-il, ne se représentera pas.

Spector insiste sur la méthode, plus que sur le coup de génie. Bezos ne se réveille pas un matin amoureux des livres. Il raisonne comme un analyste : quels produits se prêtent le mieux à la vente en ligne ? Le livre coche presque toutes les cases. Il existe en quantité astronomique — plusieurs millions de titres actifs —, aucune boutique physique ne peut tout stocker, il se transporte facilement, et deux grands distributeurs américains tiennent déjà des bases de données consultables. Le web permettrait d'offrir un choix qu'aucun magasin de brique n'égalera jamais.

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02

Chapitre 2 — La librairie qui n'était pas une librairie

Amazon.com ouvre ses portes virtuelles en juillet 1995, depuis un garage de la banlieue de Seattle où les premiers serveurs font sauter les plombs quand on branche trop d'appareils. Les premières commandes sont emballées à la main, à genoux sur le béton, jusqu'à ce que quelqu'un suggère l'idée révolutionnaire d'acheter des tables. La légende du garage est vraie, et Spector la raconte sans la romancer : c'est artisanal, bancal, et la demande dépasse tout de suite ce que la petite équipe peut absorber.

Ce qui frappe, c'est que Bezos ne se pense jamais comme un libraire. Le livre est un point d'entrée, pas une vocation. Dès le départ, il voit Amazon comme une entreprise de technologie et de logistique qui vend, pour l'instant, des livres — mais qui pourrait vendre à peu près n'importe quoi. Le catalogue en ligne offre ce qu'aucune enseigne physique ne peut : des millions de références, des recommandations personnalisées, les avis d'autres clients, et une mémoire de ce que chacun a acheté. La librairie devient une interface, pas un lieu.

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03

Chapitre 3 — Get big fast : la course avant le profit

« Get big fast » n'est pas une formule pour brochure interne. C'est la colonne vertébrale de la stratégie. Spector montre comment Bezos convainc ses équipes, ses investisseurs et bientôt les marchés que la priorité absolue est de devenir le plus gros, le plus vite, sur chaque territoire investi. La logique tient en une intuition sur le commerce en ligne : c'est un marché où le premier à atteindre une taille critique installe une marque, une base de clients et une infrastructure que les suivants auront un mal fou à rattraper. Prendre la place d'abord, la rentabiliser ensuite.

Concrètement, ça veut dire dépenser énormément et gagner peu. Amazon investit massivement dans le marketing pour graver son nom dans les têtes, construit des entrepôts géants bien au-delà de ses besoins immédiats, casse les prix pour attirer, embauche à un rythme effréné. L'entrée en Bourse en mai 1997 lève des fonds qui partent aussitôt dans cette machine à croître. Le chiffre d'affaires explose d'une année sur l'autre, mais les pertes se creusent en parallèle, assumées comme le prix du terrain conquis.

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04

Chapitre 4 — Ce que coûte, et rapporte, de rester en dette

Le choix d'Amazon dit quelque chose de plus large sur ce qu'on est venu à considérer comme la valeur d'une entreprise. Dans le modèle industriel classique, une société vaut ce qu'elle produit de profit : elle vend, elle encaisse une marge, on la juge sur ce qu'il reste en bas de la colonne. Le pari de Bezos renverse cet étalon. Il demande qu'on évalue Amazon non pas sur ce qu'elle gagne, mais sur le terrain qu'elle occupe et sur ce qu'elle pourra gagner plus tard, une fois la place tenue. La part de marché devient la vraie monnaie.

Ce renversement n'a de sens que dans un type de marché bien particulier, et Spector aide à en saisir la mécanique. Sur le web, les coûts d'acquisition d'un client, la notoriété d'une marque et l'infrastructure logistique créent des effets d'échelle et d'habitude qui avantagent lourdement celui qui arrive premier à grande taille. Dans un tel environnement, le vainqueur ne prend pas seulement une part — il prend une position difficile à déloger. Renoncer au profit immédiat n'est alors pas un sacrifice comptable irrationnel : c'est un investissement dans une rente future, misée sur l'idée que la taille se transforme un jour en pouvoir de fixer les prix et les règles.

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05

Conclusion

Tout se joue, chez le Bezos des débuts, dans un arbitrage tenu envers et contre tout : entre encaisser un profit maintenant et occuper le terrain d'abord, il choisit le terrain à chaque fois. De la liste de produits griffonnée dans un bureau de Manhattan aux entrepôts surdimensionnés de la fin des années 1990, la même décision se répète — grandir plus vite que la concurrence, en acceptant de ne pas gagner d'argent tant que la place n'est pas prise. Ce que Spector raconte n'est pas la naissance d'une librairie, mais celle d'une méthode.

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