
Altruistes et psychopathes
Leur cerveau est-il différent du nôtre ?
Description
Grâce à ses études sur l’altruisme, et à ses entretiens auprès de nombreux enfants et adolescents à comportements psychotiques et/ou psychopatiques, la neurobiologiste et psychologue, Abigail Marsh tente de percer le mystère de ces comportements extrêmes que tout oppose.
Pourquoi un altruiste va-t-il aider de façon totalement désintéressée une personne en détresse, parfois même au péril de sa propre vie ? Comment un psychopathe peut-il infliger de terribles souffrances, sans aucune émotion et sans aucun regret ? Que se passe-t-il dans le cerveau de ces personnes, comparativement à des individus considérés comme “normaux” ?
Les explications scientifiques et rationnelles renvoient à une région très précise du cerveau, l'amygdale, une partie de notre cerveau reptilien, primitif, entre autres, le siège de la mémoire émotionnelle reliée à la peur.
Sommaire
01Introduction
La scientifique a souhaité comprendre le fonctionnement de notre cerveau à la suite d’un événement personnel. Alors qu’elle était étudiante, elle fut victime d’un accident de la route, et soudainement sauvée par un inconnu qui la mit en sécurité sur une autoroute… avant de disparaître.
Cet épisode marquant de geste purement altruiste l’a depuis guidée dans ses choix professionnels, comme neurobiologiste et psychologue. Elle s’attache ainsi à comprendre pourquoi des personnes sont capables de sauver une vie, pouvant mettre en péril la leur, alors même qu’ils ne recherchent rien en retour. Se jeter dans des flammes, plonger dans une eau glacée, donner un rein à un inconnu, autant d’actes altruistes difficiles à déchiffrer.

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02L’expérience de Milgram ou le « sadisme » de l’être humain
Elle fut publiée en 1963, mais reste incontestablement l’étude de psychologie la plus commentée, la plus référencée, et la plus importante encore aujourd’hui. L’expérience de Milgram a été inspirée par le procès d’Adolf Eichmann, officier nazi, responsable de la logistique de la « solution finale ».
Elle fut présentée comme une étude scientifique mesurant l'efficacité de la punition sur la mémoire, avec pour mission d’évaluer le degré d’obéissance d'un individu devant une autorité qu'il juge légitime, ainsi que d'analyser le processus de soumission, notamment lorsqu’il induit des actions qui posent des questions de conscience au sujet. L’expérimentateur, qui se pose en représentant de l'autorité, demande à un individu volontaire (rémunéré) de faire réciter des mots à un élève.
Si l’élève se trompe, le volontaire doit lui infliger des chocs électriques de plus en plus forts, entre 15 et 450V, au fur et à mesure des erreurs. L’expérimentateur et l’élève sont complices, il s’avère que l’élève est un acteur qui simule la douleur de faux chocs électriques. « Avant le début de l’étude, Milgram avait fait un sondage auprès d’un certain nombre d’experts psychiatres en leur demandant de prédire ce qui allait se passer. Une large majorité d’entre eux estima que seule une toute petite fraction de la population, peut-être un dixième, continuerait d’infliger des chocs à un inconnu qui se plaignait du cœur et criait pour que cela cesse. En fait, la plupart des experts se sont trompés. » (p. 44)

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03La méchanceté est-elle héréditaire ou liée à l’environnement ?
Le comportement agressif, c’est-à-dire l’acte de faire mal intentionnellement et en toute connaissance de cause, est d’origine multifactorielle. L’être humain ne naît pas agressif ou altruiste, sauf dans de rares cas pathologiques.
Une part de son comportement provient effectivement de ses gènes, transmis par ses parents. L’éducation et l’environnement familial dans lequel il a été baigné depuis son plus jeune âge influencent l’évolution de sa personnalité. Il est difficile de faire la part des choses entre inné et acquis. « La tendance violente d’une personne agressive vient peut-être du fait qu’elle a eu des parents durs et prompts à punir. Mais peut-être que non. Nous avons aussi des gènes communs avec nos parents. Une autre possibilité, parmi d’autres, est que le comportement sévère des parents tout comme l’agressivité des enfants résultent de facteurs génétiques communs. » (p. 61)

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04Le psychopathe à l’épreuve de son amygdale
L’auteure a passé au crible des dizaines d’enfants et d’adolescents, psychotiques et /ou à traits psychopatiques (des signes de possibilité de développer la pathologie). Les enfants ne montrent jamais de signes de psychopathie, car celle-ci, en tant que trouble du développement de l’enfant, ne s’exprime qu’à partir de l’adolescence ou de l’âge adulte.
Et la psychose (schizophrénie-trouble bipolaire) se distingue de la psychopathie par le fait que l’individu souffrant de psychose fait face à une incapacité à faire la part des choses entre l’imaginaire et la réalité. Le psychopathe, lui, est bien ancré dans la réalité. Il fait preuve d’agressivité proactive, dans un but précis et prémédité, avec sang-froid, en toute conscience de ce qu’il réalise.
Les profils psychopathiques ont la particularité d’être très majoritairement déterminés par la génétique, de l’ordre de 85% ; la part éducative, familiale et environnementale étant assez secondaire (15%). Leur agressivité ne provient pas du fait qu’ils aient été maltraités, mais s’explique avant tout par des données neurobiologiques. Plusieurs études scientifiques le prouvent. L’auteure cite, par exemple, les résultats des recherches de James Blair en 1995 qui a montré que les psychopathes souffrent d’une déficience du « mécanisme d’inhibition de la violence » (VIM), autrement désigné aujourd’hui comme « le modèle du système des émotions intégrées ». Ce VIM a une importance capitale, car il nous empêche de faire mal à autrui.

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05L’altruiste, l’anti-psychopathe
À l’autre extrême de la palette des émotions ressenties se trouve l’altruiste. L’altruisme est cette qualité, également en partie innée, qui fait se comporter un individu de façon volontairement bonne et bénéfique envers autrui. L’altruisme revêt plusieurs degrés. L’altruisme « du quotidien » passe par toutes les petites actions positives que chacun d’entre nous peut mener bénévolement auprès d’associations, de personnes âgées ou isolées, ou en donnant (son sang, de l’argent…).
L’altruisme extraordinaire est d’un tout autre ordre. Il remplit trois conditions supplémentaires sine qua non : que le bénéficiaire soit un inconnu pour l’altruiste (on ne donne pas son rein pour les mêmes raisons à un parent proche qu’à un anonyme), que l’action doit être coûteuse et/ou risquée, et qu’elle doit être totalement spontanée. Ce geste altruiste extraordinaire se situe à l’extrême opposé de celui du psychopathe. Mais il s’apparente, lui aussi, à un dysfonctionnement cérébral. Les images cérébrales des grands altruistes le prouvent. Ils reconnaissent particulièrement, mieux que la moyenne des individus et contrairement aux psychopathes, les expressions de peur. « Leur empathie était plus forte pour la peur des autres que la moyenne.

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06Conclusion
Psychopathie versus altruisme. Deux comportements extrêmes que tout oppose. Comprendre leur fonctionnement permet d’agir plus efficacement. Du côté des futurs psychopathes dénués de peur et d’émotions, incapables de les lire chez l’autre, cela peut permettre d’éviter qu’ils ne passent à l’acte un jour.
Du côté des grands altruistes, si sensibles et empathiques vis-à-vis de la peur de l’autre, c’est, au contraire, trouver les clefs pour promouvoir l’altruisme au cœur de nos sociétés de plus en plus individualisées et égoïstes. « Développer des ressources pour aider les autres est presque toujours plus gratifiant que de le faire pour soi. Et comme le bien-être favorise l’altruisme, même de petits gestes peuvent mettre en branle un cercle vertueux du don… » (p. 342)

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07Zone critique
Depuis le développement des neurosciences, grâce aux extraordinaires progrès de l’imagerie médicale, nous en savons de jour en jour davantage sur les innombrables mécanismes du cerveau.
L’auteure a la particularité d’être à la fois, une scientifique pointue, en tant que neurobiologiste, et une psychologue de terrain. Elle a ainsi la possibilité d’affirmer/d’infirmer ses données en psychologie sociale, et ses nombreuses études en interviewant de multiples cas cliniques, en les confrontant aux multiples études scientifiques en imagerie cérébrale qu’elle a « disséquées ».

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Abigail Marsh, Altruistes et psychopathes, Leur cerveau est-il différent du nôtre ? Paris, humenSciences, 2019.

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