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A new brand world

A new brand world

Scott Bedbury

La marque se construit par l'expérience vécue

Description

Il y a un moment que Scott Bedbury raconte volontiers : arriver chez Nike à la fin des années 1980, à Portland, et découvrir une entreprise qui vendait des chaussures de sport en refusant obstinément de se voir comme une entreprise de chaussures. Bedbury a piloté la publicité de Nike de 1987 à 1994, puis dirigé le marketing de Starbucks jusqu'en 1998. Deux marques que le monde entier reconnaît aujourd'hui les yeux fermés — une virgule, une sirène verte. Dans son bouquin A New Brand World, paru en 2002, il revient sur ces années pour dire une chose simple et contre-intuitive.

Cette chose, la voici : une grande marque ne se fabrique pas à coups de campagnes. Bedbury a signé « Just Do It », l'un des slogans les plus efficaces jamais écrits, et pourtant il passe son livre à répéter que le slogan n'est pas le sujet. Ce qui compte, selon lui, c'est ce que les gens vivent quand ils croisent la marque — dans une boutique, en laçant une paire, en attendant leur café. La publicité ouvre une promesse ; c'est l'expérience qui la tient ou la trahit.

On croit souvent qu'une marque, c'est un logo, un ton, un budget média. Bedbury, qui a eu ces budgets entre les mains et les a dépensés, dit le contraire depuis l'intérieur. C'est ce déplacement du regard — du message vers l'expérience — qui donne à son témoignage sa valeur, et qui explique pourquoi il a fini par écrire un livre plutôt qu'une énième campagne.

La question que l’on se pose : Comment un homme qui a écrit l'un des slogans les plus célèbres du monde en vient-il à dire que le slogan ne fait pas la marque ?Ce que l’on va voir : Le parcours d'un responsable marketing entre Nike et Starbucks, et ce qu'il a compris sur ce qui construit vraiment une marque.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Nike, une virgule et pas un slogan

Quand Bedbury débarque chez Nike, la marque n'est pas encore le géant qu'on connaît. Elle vient de se faire dépasser par Reebok sur le marché de l'aérobic, elle a raté la vague fitness, et une partie de la direction pense qu'il faut réagir par plus de produits et plus de pubs ciblées. Bedbury observe autre chose. Nike n'a jamais parlé de ses chaussures comme d'objets techniques à des acheteurs rationnels. Elle parle d'effort, de dépassement, de la sensation de courir tôt le matin quand personne ne vous regarde. Le produit est un prétexte ; ce que la marque vend, c'est un rapport au sport.

Le fameux logo — le swoosh, cette virgule dessinée pour trente-cinq dollars par une étudiante en 1971 — devient sous cet angle un cas d'école. Il ne dit rien littéralement. Pas de nom, pas de promesse, pas d'argument. Il ne fonctionne que parce que des années d'histoires, d'athlètes et d'émotions se sont accumulées derrière. Bedbury en tire une intuition qui va guider tout son travail : un symbole ne vaut que par ce qu'on a mis dedans, et on n'y met rien avec une seule campagne, aussi brillante soit-elle.

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02

Chapitre 2 — Just Do It, ou vendre autre chose qu'une chaussure

« Just Do It » naît en 1988, avec l'agence Wieden+Kennedy, dans un contexte que Bedbury raconte sans embellir. Dan Wieden aurait trouvé la formule en pensant, dit-on, aux derniers mots d'un condamné à mort — anecdote que Bedbury rapporte comme telle, sans en faire une légende dorée. Trois mots, un impératif brut. Ce qui frappe Bedbury, ce n'est pas la trouvaille publicitaire ; c'est que la formule ne parle jamais de chaussures. Elle parle à quiconque hésite devant l'effort, sportif accompli ou débutant essoufflé.

Là est le second déplacement. Une marque qui ne s'adresse qu'à ses clients actuels — les athlètes, dans le cas de Nike — se condamne à un marché étroit. En parlant d'effort plutôt que de performance, « Just Do It » ouvre la porte à des millions de gens qui ne courront jamais un marathon mais qui reconnaissent la petite voix qui dit « pas aujourd'hui ». Bedbury insiste : les meilleures campagnes n'expliquent pas le produit, elles nomment une émotion que le public avait déjà.

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03

Chapitre 3 — Starbucks — le café comme troisième lieu

En 1995, Bedbury quitte Nike pour Starbucks, alors une chaîne en pleine expansion mais encore loin de son statut mondial. Le contraste l'oblige à repenser ses propres idées. Chez Nike, l'expérience culminait dans une pub de trente secondes et un produit qu'on utilisait seul. Chez Starbucks, il n'y avait presque pas de publicité — le budget média était dérisoire — et pourtant la marque grandissait. La raison tenait entièrement dans un lieu : le café lui-même, l'odeur, le comptoir, le fauteuil, le prénom griffonné sur le gobelet.

Howard Schultz, le patron, avait importé une intuition ramenée des bars à espresso italiens : le café n'est pas une boisson, c'est un rituel et un endroit où être. Bedbury reprend à son compte l'idée du « troisième lieu », popularisée par le sociologue Ray Oldenburg — cet espace qui n'est ni la maison ni le travail, où l'on peut simplement rester. Starbucks ne vendait pas du café à emporter, il vendait quelques mètres carrés de répit dans une journée. Et cette promesse-là, aucune campagne ne pouvait la porter à sa place.

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04

Chapitre 4 — Une marque n'est pas ce qu'on dit d'elle

Si on prend un peu de recul, le témoignage de Bedbury dessine une définition de la marque qui va à rebours de l'intuition courante. Une marque, chez lui, n'est pas un message qu'une entreprise émet vers un public passif. C'est une relation qui se construit dans le temps, faite de milliers de contacts vécus, dont la publicité n'est qu'une petite partie. Le mot qu'il emploie souvent, c'est « confiance » — et la confiance ne se déclare pas, elle se gagne à l'usage.

Cela a une conséquence inconfortable pour les gens de marketing, dont il fait partie : la marque n'appartient pas vraiment à l'entreprise. Elle vit dans la tête des clients, nourrie par ce qu'ils ont éprouvé, entendu, croisé. On peut orienter cette perception, l'entretenir, la protéger, mais on ne la contrôle pas comme on contrôle un logo. Bedbury compare volontiers une marque à une réputation personnelle : longue à bâtir, rapide à perdre, et toujours jugée sur les actes plutôt que sur les intentions affichées.

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05

Conclusion

L'homme qui a écrit « Just Do It » aura passé un livre entier à relativiser son propre chef-d'œuvre. Ce n'est pas de la fausse modestie : c'est le constat d'un praticien qui a vu, chez Nike puis chez Starbucks, ce que la publicité pouvait et ne pouvait pas faire. Elle pouvait ouvrir une porte, formuler une promesse, faire entrer les gens. Elle ne pouvait jamais tenir cette promesse à leur place. Ça, seuls le produit, la boutique, le barista, la cohérence quotidienne le pouvaient.

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