
1789, l’année sans pareille
Les événements marquants de l'année révolutionnaire
Description
En 1788, le clergé et la noblesse concentrent pouvoir et richesse. Ils dominent une France en proie à la crise sociale au détriment du Tiers État, qui supporte l’impôt. Les États généraux qui, sur convocation royale, réunissent ces trois ordres pour tenter des réformes, deviennent l’Assemblée nationale. Les députés de tous les citoyens, désormais égaux, légifèrent en faisant table rase du passé. La Révolution vient d’éclater.
Comment, dans l’enthousiasme et le débat, mais aussi la peur, la violence et la disette, la nation française prend-elle en main son destin en 1789, une année de rupture assurément « sans pareille » ?
Sommaire
01Introduction
S’il est une période de l’histoire de France qui occasionne la polémique, c’est bien la Révolution française. En témoignent les débats sur la commémoration du bicentenaire (1989). L’année 1789 ne marque, il est vrai, que le début de changements majeurs, mais aussi de troubles qui s’étalent sur une dizaine d’années. Devait-on commémorer l’ensemble de l’œuvre, très contrastée, de la Révolution, ou seulement les premiers fondements sur lesquels s’est édifiée la France contemporaine ?
De fait, et heureusement sans doute, il n’y a pas eu de bicentenaire de la Terreur, durant laquelle l’échafaud ne cessa de fonctionner (1793-1794). Déjà, le XIXe siècle ne s’y était pas trompé en retenant, dans un esprit de mesure très symbolique, le 14 juillet 1790 comme fête nationale. Cette date commémore la fête de la Fédération, moment de joie auquel on associe l’image d’un peuple uni autour de son roi et de sa constitution. Et pourtant, sans nier la brutalité de l’épisode, les historiens interrogent à juste titre l’ensemble de la période comme un tout qui conditionne l’histoire contemporaine du pays.

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02De la société d’ordres à la communauté nationale
Le règne de Louis XVI, qui débute en 1774, est marqué par de lourdes difficultés budgétaires. Certes, la guerre menée en Amérique par les Français, alliés aux insurgés contre les Anglais (1778-1782), a coûté cher.
À cela s’ajoutent les rigueurs du climat, donc les mauvaises récoltes, cause de disettes. Ce « contexte d’exaspération alimentaire » (p. 215) favorise la contestation, tandis que la cour, de son côté, offre souvent le spectacle d’une vie dispendieuse. Les ministres chargés des finances, qui multiplient les expédients tels les emprunts forcés, se succèdent sans obtenir des ordres privilégiés, le clergé et la noblesse, qu’ils contribuent davantage à l’impôt. Il est vrai que l’Ancien Régime est une société d’ordres inégalitaire dans laquelle le Tiers État, méprisé, fournit l’essentiel des contributions sans avoir part à la décision politique.
À Paris et dans les provinces, les parlements, ces assemblées de juristes qui enregistrent les décisions royales, rappellent que seuls les États généraux, réunissant à l’occasion les trois ordres, peuvent consentir à l’impôt. Fin 1788, Jacques Necker, Directeur général des finances, finit par convaincre le roi de la pertinence de cette institution pour la « régénération générale » du royaume. Toutefois, Louis XVI veut que cela se fasse dans les formes prises lors de la précédente réunion, celle de 1614, montrant ainsi son attachement à l’inégalité des trois ordres.

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03L’œuvre de la Constituante
Louis XVI est désormais roi des Français, qui ne sont plus des sujets, mais des citoyens. La monarchie absolue, qui concentrait les trois pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) entre les mains du monarque, n’est plus. C’est une révolution institutionnelle. Encore faut-il préciser les principes et le fonctionnement du nouveau régime, donc rédiger une constitution. Place, donc, à la monarchie constitutionnelle.
La séance du 4 août s’ouvre sous de bons auspices. En effet, la fin des privilèges est votée. Toutefois, le droit à la propriété est clairement affirmé. Il est donc décidé que certains droits seigneuriaux seraient rachetés. Les charges publiques, comme le roi l’avait promis, sont déclarées accessibles à tous. « La nuit du 4 août doit être comprise à travers ses deux réalités : un élan de réconciliation nationale, vrai, généreux, exemplaire (les échos de cette nuit retentiront dans toute l’Europe) et la défense intelligente de la propriété. Non pas la fin des "classes" […], mais la fin de l’ordre ancien » (p. 184).

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04Le triomphe de la Raison
Le XVIIIe siècle est marqué par la contestation politique et sociale qu’inspirent les « philosophes » des Lumières, un courant rationaliste. Montesquieu, dans L’Esprit des lois (1748), se déclare favorable à la séparation des trois pouvoirs. Voltaire dénonce avec Condorcet, futur député de l’Assemblée constituante, une justice d’un autre âge qui condamne à mort le chevalier de la Barre pour avoir blasphémé la religion catholique (1766). Jean-Jacques Rousseau développe une approche optimiste de l’homme, en rupture avec l’insistance sur le péché originel.
De même, les auteurs des trente-cinq volumes de l’Encyclopédie (1751-1780), œuvre immense que dirigent Diderot et d’Alembert, promeuvent une science qui fait la part belle à la nature, à l’homme et à la raison plutôt qu’au droit divin et à la Révélation chrétienne.
Des juristes et des hommes de lettres puisent à cette source. Ils se retrouvent dans des lieux de sociabilité : salons, académies de provinces et loges maçonniques. Michel Winock cite en particulier la Société des Trente, qui réunit dans les années 1780, autour d’Adrien Duport, des têtes pensantes comme l’abbé Siéyès, l’économiste Dupont de Nemours, Condorcet, Mirabeau et Talleyrand. Ces derniers siégeront sur les bancs de l’Assemblée, où ils apporteront leur culture du débat argumenté. Parmi les députés, certains sont imprégnés par les idées que promeut la révolution américaine, tel La Fayette. D’autres admirent le régime monarchique anglais issu de la « Glorieuse Révolution » de 1688. Ils sont, pour d’autres encore, en contact avec les Pays-Bas, révoltés contre le pouvoir autrichien (1785-1787), ou avec les Patriotes de Liège, insurgés en 1789.

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05Un nouvel acteur : l’opinion publique
La liberté, enfin acquise, encourage dès 1789 la diffusion éditoriale des idées : « Dans les six premiers mois de l’Assemblée nationale, on assiste à la floraison de dizaines de gazettes, dans un régime de liberté complète : cent quatre-vingt-quatre recensées à Paris et trente-quatre pour le reste du pays, en 1789 » (p. 207). Il faut citer, à gauche, l’Ami du Peuple de Marat et, à droite, les Actes des apôtres, dont les pages accueillent la plume de Rivarol, trempée dans l’acide. La presse stimule la réflexion parlementaire tout en fournissant une caisse de résonance aux débats de l’Assemblée. La vente à la criée fait même son apparition. Certes les tirages ne dépassent pas quelques milliers d’exemplaires, mais ils contribuent à l’émergence d’une opinion publique.
À ce sujet, Michel Winock cite ces mots des Goncourt : « C’est la parole fixée et ailée ; tribune de papier, plus écoutée, plus tonnante, plus régnante, que la tribune où Mirabeau apostrophe, où Maury réplique » (p. 208).

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06L’émotion, matrice de la Révolution
L’émotion affecte le cours des événements. C’est d’abord la peur. Les Parisiens redoutent ainsi les troupes que le roi a massées autour de Paris. Le 13 juillet, on cherche de la poudre, qu’on peine à trouver, du moins jusqu’à la découverte d’une cargaison sur un bateau au Port Saint-Nicolas. Mais il faut aussi des fusils. La foule prend alors d’assaut les Invalides, où des armes sont disponibles. C’est ensuite le tour de la Bastille, une prison médiévale où ne croupissent plus que sept détenus, mais qui est le symbole de l’arbitraire royal et paternel. C’est là, en effet, que l’on enfermait les victimes des lettres de cachet délivrées par le roi et au moyen desquelles un père, prévenu contre son fils, obtenait que celui-ci soit emprisonné. L’opération fait quatre-vingt-dix-huit morts du côté des assaillants et un seul dans la garnison. La foule, en colère, se rue ensuite sur le gouverneur de Launay et le fait décapiter par un boucher avant d’exhiber sa tête au bout d’une pique.

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07Conclusion
L’œuvre fondamentale de la Constituante n’est pas applaudie sans réserve en France dans les derniers mois de l’année 1789, y compris par ceux-là mêmes qui avaient initié le mouvement révolutionnaire. Il existe en outre des résistances associées aux particularismes territoriaux. Pourtant, la suppression des anciens parlements (novembre 1789) prépare localement la contre-révolution. Au contraire, les premières fédérations de gardes nationaux se mettent en place en province, annonçant la belle unité affichée le 14 juillet 1790 lors de la Fête de la Fédération.

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08Zone critique
L’analyse de l’Ancien Régime et de sa contestation nécessitait de prendre en compte tous les registres mobilisables : politique, économique, social, culturel et religieux. Montrer en quoi l’année 1789 est exceptionnelle supposait aussi d’intégrer les expériences antérieures ou concomitantes : les révolutions « occidentales » ou « atlantiques » étudiées par Jacques Godechot Sur ces deux premiers points, la bibliographie utilisée révèle la grande solidité de l’information. Il fallait aussi arrimer la réflexion au document historique, un statut auquel le Journal du député Adrien Duquesnoy prétend bien sûr de manière convaincante. Il était enfin indispensable que le récit exprime le rythme parfois chaotique qui caractérise le premier seuil de la Révolution française, ce qui est le cas.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– 1789, l’année sans pareille, Paris, Éditions Perrin, 2004.
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