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Couverture de '14 18 les refus de la guerre'

14-18. Les refus de la guerre

André Loez

Une histoire des mutins

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Description

Au printemps 1917, des mutineries secouent l’armée française sur le front. Elles n’avaient pas jusqu’alors donné lieu à une étude détaillée des mutins, lorsqu’ils s’organisèrent spontanément, manifestèrent, voire envisagèrent de « marcher sur Paris ». L’ouvrage d’André Loez apporte une pièce manquante, restituant la rupture de l’obéissance et du consensus.

Les mutineries s’inscrivent dans la continuité des refus de guerre esquissés et inaboutis depuis 1914. Dès lors que le conflit s’installa dans la durée, après la bataille de la Marne, se développèrent des stratégies d’évitement, des aspirations au retour rapide au foyer, des propos critiques et revendicatifs de soldats qui n’oubliaient pas qu’ils étaient aussi des citoyens. L’historien redonne ici toute leur place aux hésitations des soldats, partagés entre dégout du conflit et impératif du devoir.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Les mutins de la Première Guerre mondiale sont bien connus de l’historiographie. Mais la problématique choisie par André Loez consiste à tourner le dos à l’approche traditionnelle de l’étude de la désobéissance : il ne s’agit pas d’une analyse psychologique qui chercherait les raisons d’une telle attitude, mais davantage de l’envisager comme un fait social, irréductible à la psychologie, à la culture ou au patriotisme des seuls individus.

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02

Les événements de mai-juin 1917

Afin de comprendre la thèse défendue par André Loez, il convient de revenir sur certains faits survenus durant la Première Guerre mondiale. Les mutineries, autrement dit des refus d’obéissance, apparurent en 1917 dans les armées françaises, mais aussi russes et italiennes. Souvent, elles accompagnèrent d’autres formes de protestation dans la société civile : des grèves, des manifestations contre les hausses de prix, des réunions pacifistes, qui témoignaient de la lassitude et des tensions suscitées par la prolongation d’une guerre qui se voulait initialement courte, dans des populations endeuillées par d’énormes pertes.

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03

D’abord l’obéissance

Dans un premier temps, André Loez s’interroge sur les raisons qui poussèrent les soldats français à obéir, dans leur immense majorité, jusqu’en 1917. Il s’avère que la ténacité combattante ne relevait pas d’un choix individuel, mais d’un conformisme social, où la guerre était avant tout conçue comme un devoir partagé et dans lequel chacun avait un rôle à jouer.

En ce sens, la mobilisation de 1914 relevait de l’évidence collective : elle n’était pas le fruit de la peur ni de la volonté, mais avait été rendue possible par un travail très intense des institutions au sein d’une société dans laquelle le service militaire et la scolarité obligatoire tenaient une place centrale, avec un très fort sens du devoir. Un cas particulier était celui des militants socialistes, pour qui l’entrée en guerre était vécue comme un reniement ou une incohérence dans leur parcours jusque-là pacifiste.

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04

Le contexte des mutineries

André Loez s’intéresse tout particulièrement aux circonstances des mutineries. L’année 1917 fut un tournant majeur dans le désir que la guerre se termine : l’hiver 1916-1917 fut particulièrement rude, l’Allemagne reculait, la Russie connaissait une révolution qui aboutit à l’abdication du tsar, et les États-Unis du président Wilson intervenaient dans le conflit.

Tout ceci rendait, du point de vue des combattants, la fin de la guerre plus crédible. Mais la bataille du Chemin des Dames, qui devait constituer un assaut final pour les troupes françaises, s’avéra rapidement être un échec cuisant. À partir de là, la lassitude s’installa chez les combattants qui étaient de plus en plus nombreux à appeler de leurs vœux la paix, notamment dans les courriers qu’ils échangeaient avec l’arrière. Nombreux furent ceux qui signalaient l’inutilité du combat, voire qui réclamaient une révolution, car c’était ce qui avait poussé la Russie à signer un armistice.

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05

Les conditions du passage à l’acte

Les mutineries se déclenchèrent en lien avec ce contexte perçu comme instable, lorsque des soldats recevaient et croisaient deux types d’informations : une menace pesant sur eux, et un exemple d’indiscipline leur donnant un espoir d’y échapper. La désobéissance était d’abord liée à la perception d’un danger, le plus souvent lorsque l’on recevait un ordre de « remonter » aux tranchées ou d’attaquer.

Les écrits des soldats, saisis par le contrôle postal qui surveillait les informations échangées entre le front et l’arrière, montrent comment la perspective d’une attaque prochaine pouvait être à l’origine d’une action collective. André Loez explique que l’attaque et la menace qu’elle représentait ne constituaient pas l’explication générale de cette indiscipline, mais plutôt le prétexte de son déclenchement, car les soldats étaient habitués à ces circonstances depuis 1914.

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06

Formes et intensité des mutineries

André Loez précise qu’il n’existe aucun état des lieux fiable de ces mutineries, expliquant que les historiens qui se sont penchés sur ces questions ne parviennent pas au même résultat, certains évoquant 163 mutineries, d’autres allant jusqu’à 250. Certains événements ont été si brefs, ou si rapidement résolus par des officiers qu’ils ont été occultés. Dans tous les cas, l’historien signale qu’il faut accepter une part d’incertitude sur la question.

Le nombre de mutins est d’ampleur très variable : à la 41e DI par exemple, des documents permettent de les estimer à 2 000, molestant deux généraux le 1er juin ; inversement, au 31e BCP, seuls deux soldats furent jugés pour leur désobéissance, qui avait pris la forme d’une courte pétition demandant du repos, ne recueillant que 36 signatures le 11 juin 1917. Le nombre total des mutins oscille entre 30 000 et 80 000 selon les calculs.

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07

Rétablir l’ordre

La désobéissance des mutins heurtait de front le cadre de l’armée. Elle était la transgression de ses règles et de ses valeurs, un défi à sa hiérarchie, une remise en cause des liens d’autorité qui y étaient établis.

Afin de rétablir l’ordre, des dialogues et des tractations s’improvisaient entre les officiers et les mutins, où s’éprouvait la capacité des premiers à donner des ordres, et des seconds à les refuser. Les mutineries révèlent, pour chacun des acteurs, des fidélités et des loyautés contradictoires : si l’on se montrait loyal aux chefs et à l’ordre, on « laissait tomber » les soldats qui se mutinaient ; inversement, si l’on voulait rester fidèle aux camarades désobéissants, il fallait rompre avec l’officier et trahir ceux qui acceptaient de « monter ».

Les chefs disposaient de ressources qui leur permettaient de surmonter le désarroi initial devant l’indiscipline et de restaurer l’obéissance. La force et l’intimidation, caractérisées notamment par des tirs d’armes à feu, pouvaient être utilisées par les chefs afin de reprendre la maîtrise de l’espace et impressionner les mutins.

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08

Conclusion

André Loez entendait, dans son ouvrage, retrouver les mutins et les mutineries de 1917, dans le contexte de l’échec du Chemin des Dames, alors que l’armée française devait donner l’assaut final contre les forces allemandes.

Se penchant plutôt sur les hommes qui ont mené les contestations que sur les événements, il montre que le nombre d’actes de désobéissance fut plus grand que ce que l’historiographie traditionnelle avait jusqu’alors souligné, et qu’à des degrés divers, l’ensemble de l’armée française y fut confronté. Il souligne également les circonstances du passage à la désobéissance, où les informations venues de l’arrière ont joué un rôle déterminant, dans un contexte international particulièrement agité.

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09

Zone critique

Prenant la suite des travaux sur les mutins de Guy Pedroncini, Len Smith et Denis Rolland, André Loez livre un ouvrage de première importance. Les sources utilisées, particulièrement riches et abondantes, ainsi que la problématique choisie par l’historien, permettent de réécrire une histoire que l’on pensait déjà aboutie.

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10

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – André Loez, 14-18. Les refus de la guerre. Une histoire des mutins, Paris, Gallimard, 2010.

Du même auteur – Avec Rémy Cazals, 14-18 Vivre et mourir dans les tranchées, Paris, Tallandier, 2012. – La Grande Guerre, Paris, La Découverte, 2015. – La Vie au quotidien dans les tranchées de 1914-1918, Pau, Cairn Éditions, 2008.

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