Émile Durkheim
À propos de l'auteur
« Le sociologue est un chasseur de mythes », écrit Norbert Élias (1897-1990) dans Qu’est-ce que la sociologie ? En souscrivant à cette définition, on mesure toute la difficulté que peut éprouver un sociologue à commenter l’un des ouvrages les plus importants de l’œuvre d’Émile Durkheim (1858-1917). À son propos, il est effectivement facile, et fréquent, de filer une longue métaphore mobilisant le champ lexical du sacré, de la révérence, ou du mythologique.
On écrit souvent que l’auteur du Suicide est le « père fondateur » de la sociologie française, que plusieurs de ses livres sont devenus des « totems » de la réflexion sociologique. Une interrogation clé structure en quelque sorte son œuvre : comment et pourquoi les individus sont-ils liés ? En somme : « Qu’est-ce qui fait société », pourrait-on dire en employant un langage plus actuel.
S’il est incontestablement un « penseur », Durkheim doit aussi être considéré comme un véritable « entrepreneur intellectuel » ayant eu un rôle clef dans le développement de la discipline. Avant d’être le titulaire en 1913 de la première chaire de sociologie de la Sorbonne, institution dans laquelle il enseigne à partir de 1902, il aura été l’animateur, dès 1896, de L’Année sociologique. Autour de cette revue de critique bibliographique, dont les comptes rendus sont destinés à extraire d’une somme remarquable de publications les matériaux nécessaires à l’élaboration de l’édifice sociologique, se retrouvent plusieurs élèves dont les travaux symbolisent l’originalité de l’« École française de sociologie » : Maurice Halbwachs (1877-1945), Robert Hertz (1881-1915), Henri Hubert (1872-1927) ou bien encore son neveu, Marcel Mauss (1872-1950).

